Voeu porté par Les Écologistes – Florence Cerbaï – Sécheresse en Auvergne-Rhône-Alpes

Monsieur le Président

Nous sommes le 30 juin et nos rivières se portent mal. Avec ce vœu, nous réclamons à l’État une politique de l’eau qui réponde à l’urgence, protège nos milieux aquatiques et règle en responsabilité les conflits d’usage.

Partout en Auvergne Rhône Alpes, les nappes phréatiques sont trop basses et les précipitations estivales ne permettront pas de les remplir. Les agriculteurs, les naturalistes, les professionnels du tourisme, les habitants sont inquiets.

Parceque,… on le sait tous, les sécheresses exceptionnelles que nous vivons, vont devenir la norme.

En Ardèche, les canoës raclent sur les rochers depuis début juin et laissent dans les contre courants de petits copeaux de plastique qui finiront dans la mer. Le préfet n’exclu pas des ruptures d’approvisionnement en eau potable. Sur le Rhône, EDF a dû arrêter des réacteurs nucléaires, faute de débit suffisant pour les refroidir.

Cet été, les conflits d’usage de l’eau seront au plus fort, on ne sait pas vraiment comment on va passer l’été, alors qu’une partie de notre agriculture et de notre tourisme n’a pas fait sa difficile transition vers la sobriété en eau; En vallée du Rhône, on continuent à arroser les cultures en plein jour. Chaque année de nouvelles parcelles de vignes sont irriguées pour faire face aux sécheresses, dans une fuite en avant intenable.

Et,… c’est le coeur de ce vœu, les arrêtés sécheresse mis en place par les préfets ne sont pas au niveau de l’urgence, comme en Haute Savoie, où l’on autorise l’arrosage des golfs quand les particuliers ne peuvent plus arroser leur potager. C’est un manque d’équité, de cohérence !

Dans le cadre de ces arrêtés, les préfets n’incitent pas les agriculteurs à optimiser et limiter leur recours à l’irrigation. Les retenues collinaires se multiplient, certaines nécessaires d’autres évitables. Pourtant il y a des pistes : l’agriculture de conservation des sols, la désimperméabilisation des sols, le maintien des zones humides. Respecter au maximum le cycle naturel de l’eau, ce n’est pas une lubies d’écologistes. C’est un moyen de limiter les sécheresses à venir !

Avec ce vœu, nous voulons demander à l’Etat de mener une politique de l’eau responsable: avec des arrêtés sécheresse plus réactifs, plus fins, mieux harmonisés, mieux respectés, qui redéfinissent les priorités : sauver nos milieux aquatiques, sécuriser une production alimentaire économe en eau, sécuriser les besoins en eau potable/hygiène et accompagner les mutations de fond de notre société vers la sobriété en eau.

Je vous remercie

Texte du voeu

Pour la préservation de la ressource en eau de la région

Entre 2010 et 2020 a été enregistré une hausse d’un degré par rapport à la température moyenne entre 1961 et 1990. Le changement climatique est déjà bien visible sur notre territoire, comme l’illustre la généralisation et la précocité des épisodes de sécheresse. En effet, plus l’air est chaud, plus les sols ont besoin d’eau pour maintenir leur équilibre.  

La région Auvergne-Rhône-Alpes en situation particulièrement préoccupante 

Ainsi, notre région est particulièrement touchée par la menace sécheresse, et ce, de manière très précoce. Dès le mois d’avril, le Rhône et la Drôme ont été placés en alerte sécheresse. Ce fût le cas en mai pour l’Isère et en juin pour la Haute-Savoie. Le Bulletin national de situation hydrologique (BSH) a soulevé dès le 11 mai 2022 une situation “particulièrement préoccupante » : pour cinq départements, le risque de sécheresse cet été est très probable : l’Ain, le Rhône, l’Ardèche, la Drôme et la Haute-Loire sont concernés. 

Au début du mois de mai, le niveau des nappes phréatiques dans certains départements était déjà à un niveau très bas comme en Haute-Loire et dans la Loire. Illustration de cette situation, la Haute-Loire est passée en alerte sécheresse au premier jour de l’été. Désormais, même un retour à la normale des précipitations n’aura plus d’impact : le rendement est moins important en été et l’eau ne gagnera pas les couches inférieures.

Cette situation alarmante a de graves conséquences : risque accru d’incendies, dégradation et risque d’effondrement du bâti (de nombreuses maisons fissurées par la sécheresse de 2018 dans l’Ain menaçent aujourd’hui de s’effondrer), pertes agricoles (au niveau national, les pertes de production agricole liées à la sécheresse ont triplé au cours des cinq dernières décennies), fragilisation des massifs de haute montagne avec risque d’éboulis…

Une autre problématique de taille se pose de plus en plus fréquemment : le refroidissement des réacteurs des centrales nucléaires et par conséquent de la production d’électricité. Le lundi 6 juin, EDF a ainsi annoncé la baisse de production d’un réacteur de la centrale de Saint-Alban en raison du faible débit du Rhône. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Les conflits d’usage de l’eau sont croissants et doivent faire l’objet d’un travail prospectif sérieux. 

Des arrêtés-cadre sécheresse insuffisants et appliqués différemment selon les territoires 

L’épisode de sécheresse, particulièrement précoce cette année, de ce mois de mai, a entraîné l’adoption d’arrêtés-cadres sécheresse bien plus tôt que les années précédentes dans de nombreux départements de notre région.

La gestion de la ressource en eau relevant de l’administration déconcentrée, les arrêtés préfectoraux sont chargés de prévenir et limiter le risque sécheresse. Révisés dans différents départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes en mai 2022, et étant progressivement activés durant ce mois de juin, ils semblent toutefois être davantage dans la réaction que l’anticipation et comportent certaines incohérences en termes de répartition de la ressource en eau. 

La répartition de l’eau selon ces arrêtés cadre pose question. En Haute-Savoie, l’arrêté-cadre sécheresse pris le 16 mai 2022 et plaçant le département en état d’alerte le 9 juin, prévoit, dans le cas de l’alerte renforcée, l’interdiction totale d’arrosage des jardins potagers ; contre la seule interdiction entre 8h et 20h pour les golfs. Ce sens des priorités interroge.

Face aux enjeux majeurs de protection de l’eau, face aux sécheresses de plus en plus longues et précoces, la politique de prise des arrêtés-cadres sécheresse doit être harmonisée et refondue (critères, priorisation des activités, réactivité pour répondre à l’urgence, capacité à prendre en compte finement la réalité sur le terrain grâce à multiplication de stations de mesures).

Outre ce travail nécessaire sur les arrêtés sécheresse, des solutions de fond existent et doivent être favorisées : le développement de l’agriculture de conservation des sols en est un exemple. Ce dispositif permet d’optimiser la ressource en eau et d’absorber une certaine quantité de CO₂ contenue dans l’air. Pour ce faire, il repose sur trois piliers : le couvert végétal, la rotation des cultures et le non-labour.

Pour ces raisons, le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes demande à l’État : 

  • de construire avec les collectivités territoriales et les agences de l’eau une nouvelle stratégie par bassin pour arbitrer les nouveaux conflits d’usage de l’eau, en priorisant la préservation des milieux naturels, les besoins en eau potable et destinée à l’hygiène et une production alimentaire respectueuse du vivant et économe en eau (agriculteurs et particuliers) ;
  • d’intégrer à cette stratégie un soutien à l’agriculture de conservation des sols, à la désimperméabilisation des sols, au maintien des zones humides, à l’optimisation et la limitation du recours à l’irrigation, à la mutation des activités touristiques et de loisirs vers une sobriété en eau, à la sensibilisation du grand public et des entreprises au cycle de l’eau et au partage équitable de la ressource (économies d’eau en fonction des usages face au changement climatique) ;
  • de réviser en conséquence les arrêtés-cadres sécheresse.

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