Intervention de Fabienne Grébert – Plan 2022-2028 (SRDEII, SRESRI, CPRDFOP)

Monsieur le Président, 

Boosté par le plan de relance engagé par le précédent gouvernement, le plan pour l’économie, l’emploi, l’enseignement supérieur, et la formation que vous nous présentez ici s’inscrit dans une période marquée par la reprise, à l’issue de la crise sanitaire de 2020. Vous offrez aux entreprises de ce territoire l’occasion probablement éphémère de poursuivre leur développement international, tout en soulignant les risques et les obstacles qui se dressent sur leur chemin :

  • Des difficultés de recrutement qui touchent aujourd’hui près de la moitié des entreprises de ce territoire,
  • Une inflation des coûts l’énergie qui pourrait ralentir durablement le modèle de croissance,
  • Une tension sur les matières premières et les matériaux qui invite à relocaliser l’industrie.

Nous adhérons bien évidemment à ce diagnostic mais c’est comme si ces constats s’effaçaient au fur et à mesure de la lecture. Vous semblez ignorer que la France est la championne d’Europe des accidents du travail et des maladies professionnelles, que nous sommes confrontés à une crise de sens qui détourne chaque année les ingénieurs de leurs études d’origine pour devenir paysans ou boulangers. 

Vous ne parlez aucunement des moyens et des financements que vous êtes prêt à mettre sur la table, ni des coopérations que vous êtes prêt à tisser avec les collectivités territoriales pour mener à bien un tel dessein. C’est bien le sens du message du Président de la métropole de Lyon, dans un courrier qu’il a rendu public. Il a rappelé les retraits incessants sur les financements de grands et de petits projets qui pourraient pourtant contribuer à faire marcher l’économie locale : retraits de la région sur les travaux menés aux gares de Perrache et Part-Dieu, retrait pour la conversion des véhicules professionnels dans les ZFE, retrait sur l’événement mondial de la formation professionnelle les Workskills, pourtant au cœur des compétences régionales et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. 

Même constat de la part des organisations syndicales. Elles ont dénoncé les conditions d’adoption du CRPDFOP, proposé des amendements, demandé le report de la délibération, dénoncé les méthodes brutales et inappropriées auxquelles elles avaient été soumises. Le CESER dans son avis a également regretté le manque de dialogue social pour le SRDEII. 

Vous nous présentez ici une vision bien étriquée de l’économie centrée sur l’industrie. Mais il n’y a pas d’économie sans associations, sans services publics qui sont essentiels à notre qualité de vie et justement à l’attractivité des entreprises. Vous oubliez un peu vite que les métiers en tension en Auvergne-Rhône-Alpes, ce sont dans les services qu’ils sont principalement situés : c’est d’abord dans l’assistance à l’enfant, formations pour lesquelles vous n’avez pas répondu à nos alertes. Cette situation catastrophique va-t-elle conduire des crèches à fermer des berceaux en septembre et des parents, en particulier des femmes,  à renoncer à leur emploi faute de modes de garde ?  Les métiers du soin, du tourisme sont affectés et, plutôt que de soutenir les métiers qui ont été les plus touchés par la crise, vous leur coupez les vivres à l’instar des acteurs culturels.  

A la lecture de votre plan, j’ai hésité entre le déni, l’inconscience ou l’irresponsabilité.  Le déni me semble l’hypothèse la moins probable tant les experts du GIEC nous rappellent aujourd’hui que nous n’avons plus que 3 ans pour agir avant que ne se produisent des phénomènes climatiques totalement incontrôlables et irréversibles. Nous les vivons déjà,avec la sécheresse, les canicules précoces et la grêle début juin. Et vous vous contentez de parler de décarbonation, comme si cela pouvait suffire à inverser la vapeur.

Les schémas que vous nous présentez aujourd’hui sont bien ancrés dans le 20ème siècle et n’offrent, comme seule perspective, que la croissance, sans conditions, sans se soucier des conditions de travail et de la santé de ceux victimes du productivisme à tout crin. Arrêtez de prendre des décisions en businessman ! Prenez des décisions en tant que parent, en imaginant le monde dans lequel nos enfants vivront quand ils seront adultes. Il vous faut bifurquer et renoncer aux activités les plus nuisibles à l’environnement, à notre santé et à notre qualité de vie ! Pas un centime d’argent public ne doit aller à des activités qui contribuent à accélérer le dérèglement climatique. Il n’y aura pas d’économie florissante sans biodiversité, pas de rendements agricoles sans eau, pas de tourisme sans préservation de nos patrimoines naturels.

Dans le SRESRI, l’enseignement supérieur et la recherche sont subordonnés à la compétitivité des entreprises privées. Ce schéma néglige l’importance de la recherche et des savoirs fondamentaux mais aussi des sciences humaines et sociales. La connaissance et la science constituent un ensemble solidaire. Il ne peut y avoir d’innovation performante et de « recherche appliquée » qui soit excellente sans une recherche fondamentale qui continue de repousser les frontières de la connaissance et des sciences humaines et sociales qui en assurent le déploiement le plus harmonieux possible dans nos sociétés. 

Nous ne pouvons nous contenter d’avoir comme seule aspiration à l’enseignement supérieur de trouver un emploi à notre jeunesse. Nos enseignants sont là pour former des individus émancipés, épanouis, capables de s’engager dans les transitions sociétales et technologiques nécessaires à un futur viable et désirable. Le monde universitaire doit créer des liens avec la société et les acteurs locaux, un aspect que vous laissez de côté, ce qui a même été relevé par le CESER dans son avis sur le SRESRI. Notre région doit aussi pouvoir afficher une vision stratégique dans ces domaines, vision malheureusement absente de ce SRESRI. Une vision que nous aurions espérée ni court-termiste, ni étriquée et qui porte une ambition à la hauteur de notre écosystème régional.

Ce SRESRI manque d’ambition pour lutter contre la précarité des étudiants et les accompagner dans leur orientation et leur réussite alors qu’elles devraient constituer un axe majeur de ce schéma. 

Pourtant, nous voyons sous nos yeux se construire une nouvelle économie :  des entreprises, y compris des industries lourdes, qui ont décidé de produire leurs énergies renouvelables ou d’être plus sobres, celles qui ont décidé de redonner du sens au travail, d’intégrer leurs salariés dans la gouvernance, des paysans qui vivent bien de leur travail sans utiliser des intrants de synthèse. Ce n’est pas l’économie du gigantisme, des levées de fonds spectaculaires, des “G6”… mais c’est l’économie du vivant, c’est une économie de la joie, celle de la préservation de nos habitats, celle qui répond aux besoins des gens, qui revitalise les villages, les quartiers périphériques. C’est une économie qui ne chasse pas en meute mais qui tisse des liens et se nourrit des travaux de nos chercheurs pour expérimenter de nouvelles façons de vivre, faire la paix économique, imaginer des protocoles de renoncement et de résilience.

Nous aurons l’occasion à travers nos amendements de vous proposer des mesures qui prendront soin d’accompagner les entreprises dans leur transition écologique, d’offrir des conditions de formation et d’emploi attractives, de redonner envie de s’investir dans son travail, de soutenir la recherche et les innovations porteuses d’espoir au sein d’une région qui respecte le vivant et répond aux espoirs des jeunes générations.

Nous adhérons bien évidemment à ce diagnostic mais c’est comme si ces constats s’effaçaient au fur et à mesure de la lecture. Vous semblez ignorer que La France est la championne d’Europe des accidents du travail et des maladies professionnelles, que nous sommes confrontés à une crise de sens qui détournent chaque année les ingénieurs de leurs études d’origine pour devenir paysans ou boulangers. 

Vous ne parlez aucunement des moyens et des financements que vous êtes prêt à mettre sur la table, ni des coopérations que vous êtes prêt à tisser avec les collectivités territoriales pour mener à bien un tel dessein. C’est bien le sens du message du Président de la Métropole de Lyon, dans un courrier qu’il a rendu public.

Il a rappelé les retraits incessants sur les financements de grands et de petits projets qui pourraient pourtant contribuer à faire marcher l’économie locale : retraits de la Région sur les travaux menés aux gares Perrache et Part-Dieu, retrait pour la conversion des véhicules professionnels dans les ZFE, retrait sur l’événement mondial de la formation professionnelle les Workskills, pourtant au cœur des compétences régionales et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. 

Même constat de la part des organisations syndicales. Elles ont dénoncé les conditions d’adoption du CRDFOP, proposé des amendements, demandé le report de la délibération, dénoncé les méthodes brutales et inappropriées auxquelles elles avaient été soumises. Le CESER dans son avis a également regretté le manque de dialogue social pour le SRDEII. 

Vous nous présentez ici une vision bien étriquée de l’économie centrée sur l’industrie. Mais il n’y a pas d’économie sans associations, sans services publics qui sont essentiels à notre qualité de vie et justement à l’attractivité des entreprises. Vous oubliez un peu vite que les métiers en tension en Auvergne-Rhône-Alpes, c’est dans les services qu’ils sont principalement situés : c’est d’abord dans l’assistance à l’enfant, formations pour lesquelles vous n’avez pas répondu à nos alertes. Cette situation catastrophique va-t-elle conduire des crèches à fermer des berceaux en septembre et des parents, en particulier des femmes, à renoncer à leur emploi faute de modes de garde ?  Les métiers du soin, du tourisme sont affectés et plutôt que de soutenir les métiers qui ont été les plus touchés par la crise, vous leur coupez les vivres à l’instar des acteurs culturels.  

A la lecture de votre plan, j’ai hésité entre le déni, l’inconscience ou l’irresponsabilité.  Le déni me semble l’hypothèse la moins probable tant les experts du GIEC nous rappellent aujourd’hui que nous n’avons plus que 3 ans pour agir avant que ne se produisent des phénomènes climatiques totalement incontrôlables et irréversibles. Nous les vivons déjà, avec la sécheresse, les canicules précoces et la grêle début juin. Et vous contentez de parler de décarbonation, comme si cela pouvait suffire à inverser la vapeur.

Les schémas que vous nous présentez aujourd’hui sont bien ancrés dans le 20ème siècle et n’offrent, comme seule perspective, que la croissance, sans conditions, sans se soucier des conditions de travail et de la santé de ceux victimes du productivisme à tout crin. Arrêtez de prendre des décisions en businessman.! Prenez des décisions en tant que parent, en imaginant le monde dans lequel nos enfants vivront quand ils seront adultes. Il vous faut bifurquer et renoncer aux activités les plus nuisibles à l’environnement, à notre santé et à notre qualité de vie ! Pas un centime d’argent public ne doit aller à des activités qui contribuent à accélérer le dérèglement climatique. Il n’y aura pas d’économie florissante sans biodiversité, pas de rendements agricoles sans eau, pas de tourisme sans préservation de nos patrimoines naturels.

Dans le SRESRI, l’enseignement supérieur et la recherche sont  sont subordonnés à la compétitivité des entreprises privées. Ce schéma néglige l’importance de la recherche et des savoirs fondamentaux mais aussi des sciences humaines et sociales. La connaissance et la science constituent un ensemble solidaire. Il ne peut y avoir d’innovation performante et de « recherche appliquée » qui soit excellente sans une recherche fondamentale qui continue de repousser les frontières de la connaissance et des sciences humaines et sociales qui en assurent le déploiement le plus harmonieux possible dans nos sociétés. 

Nous ne pouvons nous contenter d’avoir comme seule aspiration à l’enseignement supérieur de trouver un emploi à notre jeunesse. Nos enseignants sont là pour former des individus émancipés, épanouis, capables de s’engager dans les transitions sociétales et technologiques nécessaires à un futur viable et désirable. Le monde universitaire doit créer des liens avec la société et les acteurs locaux, un aspect que vous laissez de côté, ce qui a même été relevé par le CESER dans son avis sur le SRESRI. Notre Région doit aussi pouvoir afficher une vision stratégique dans ces domaines, vision malheureusement absente de ce SRESRI. Une vision que nous n’aurions espérée ni court-termiste, ni étriquée et qui porte une ambition à la hauteur de notre écosystème régional.

Ce SRESRI manque d’ambition pour lutter contre la précarité des étudiants et les accompagner dans leur orientation et leur réussite alors qu’elles devraient constituer un axe majeur de ce schéma. 

Pourtant, nous voyons sous nos yeux se construire une nouvelle économie :  des entreprises, y compris des industries lourdes, qui ont décidé de produire leurs énergies renouvelables ou d’être plus sobres, celles qui ont décidé de redonner du sens au travail, d’intégrer leurs salariés dans la gouvernance, des paysans qui vivent bien de leur travail sans utiliser des intrants de synthèse. Ce n’est pas l’économie du gigantisme, des levers de fonds spectaculaires, des “G6”… mais c’est l’économie du vivant, c’est une économie de la joie, celle de la préservation de nos habitats, celle qui répond aux besoins des gens, qui revitalise les villages, les quartiers périphériques. C’est une économie qui ne chasse pas en meute mais qui tisse des liens et se nourrit des travaux de nos chercheurs pour expérimenter de nouvelles façons de vivre, faire la paix économique, imaginer des protocoles de renoncement et de résilience.

Nous aurons l’occasion à travers nos amendements de vous proposer des mesures qui prendront soin d’accompagner les entreprises dans leur transition écologique, d’offrir des conditions de formation et d’emploi attractives, de redonner envie de s’investir dans son travail, de soutenir la recherche et les innovations porteuses d’espoir au sein d’une région qui respecte le vivant et répond aux espoirs des jeunes générations.

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