Intervention de Fabienne Grébert sur le rapport « Montagne durable »

Monsieur le Président,

Votre plan pour une montagne durable est comme la neige produite par les canons : artificiel. 

Quand les glaciers disparaissent, quand les crues détruisent des villages, des vallées, quand les stations de basse altitude dépourvues de neige déroulent de tristes serpents boueux en guise de pistes de ski, la montagne nous rappelle que les humains ne gagnent pas contre la nature.

Vous le savez, la France a été condamnée ce jour à réparer les conséquences de son inaction climatique. A partir de maintenant les gouvernements vont devoir prouver, au tribunal, l’efficacité de leurs politiques climatiques ! Appliquons dès aujourd’hui ce précepte à l’échelon régional.

Face à cette injonction impérieuse, nous avons le choix entre deux attitudes : s’obstiner ou s’adapter.

Vous avez décidé de vous obstiner, c’est la fuite en avant le plus longtemps possible pour s’accrocher au monde d’avant, avant les +2°C, +4°C : fabriquer une neige artificielle à grands coups de canons. S’obstiner à dynamiter la montagne pour proposer de nouvelles pistes, des domaines skiables toujours plus grands. 

S’obstiner à créer toujours plus de retenues qui ont un impact lourd sur la ressource en eau, alors même que nos montagnes sont particulièrement sensibles au risque de manquer d’eau ; pour finalement se heurter tout de même au mur du réchauffement climatique.

Nous avons le choix de coopérer ou d’attiser la concurrence exacerbée entre les stations de cette région. 

Vous avez choisi d’exacerber la concurrence entre des stations qui doivent se partager une clientèle de moins en moins nombreuse, dans des stations qui doivent investir de plus en plus pour attirer des privilégiés qui considèrent que plus les forfaits sont chers, meilleure sera la glisse ! Nous comptons plus de 300 stations en France. Une vingtaine seulement peuvent espérer maintenir la pratique actuelle du sport d’hiver à long terme. 

Nous avons le choix de fragiliser la montagne en privilégiant les investissements sur la monoactivité du ski ou de diversifier les activités pour renforcer la résilience des territoires. Vous ne gérez pas la Région en  bon père de famille ; vous ne donnez aucune chance d’éviter les difficultés aux stations qui en ont connu ces 2 derniers hivers de covid, avec des remontées mécaniques fermées, mais des espaces naturels et des activités potentielles accessibles  au plus grand nombre. 

Loin de nous l’idée de ne plus vouloir profiter de la glisse. Mais nous continuerons à glisser quand la neige sera là. Les professionnels de la montagne le savent bien. Ils ne pourront vivre comme l’ont fait leurs parents ou leurs grands parents du ski toute leur vie.

Alors nous préférons sécuriser leur avenir. Nous voulons donner les moyens aux professionnels de la montagne de continuer à enseigner le ski, à entretenir les remontées mécaniques, tout en se formant à un nouveau métier. Un siècle de conquête de la montagne a par endroits transformé, artificialisé, bétonné. Nous ne pouvons voir, impuissants, les dérèglements climatiques et la conjonction de risques naturels menacer des vies humaines et ravager les petites bulles urbaines posées au sein de la nature. 

Ces barres d’immeubles, signes d’une montagne passée au bulldozer : Les Arcs, L’Alpe-d’Huez, Avoriaz, Flaine, et tant d’autres, vont rester accrochées à nos montagnes. Nous avons le choix de les laisser là, témoins d’une montagne fantomatique du XXème siècle, d’un temps où l’on pensait encore réduire la nature à nos désirs humains, où d’en faire les symboles d’une montagne vivante, accessibles au plus grand nombre et y recréer des stations qui vivent toute l’année, quel que soit le niveau d’enneigement.

Renforcer la coopération entre les stations,  consisterait à jouer la carte de la complémentarité, la seule découverte du ski ne pouvant suffire à garantir la pérennité du modèle économique des stations partout.

Renforcer la coopération, c’est aussi considérer que les activités ne peuvent se concentrer dans les seules stations qui ne représentent que 2% des territoires de montagne, mais faciliter l’émergence d’offres de tourisme diffus, dans les villages, au fin fond d’une vallée ou d’un alpage de montagne.

S’adapter, c’est considérer qu’un plan montagne ne peut se résumer à la glisse et à des activités touristiques. Même le CESER s’en est fait l’écho. Nous avons besoin d’une diversité des activités économiques, tertiaires, agricoles, artisanales, de la mise en valeur de la biodiversité, de la forêt et d’utiliser le bois local dans nos marchés publics . C’est construire la complémentarité avec les bas de vallées et faciliter le télétravail en territoire de montagne. C’est adapter le patrimoine immobilier à ces nouveaux usages qui offrent la possibilité de séjourner en montagne, non plus une semaine, quelques week-ends, mais bien plusieurs mois voire toute l’année.

La neige fond et nous sommes confrontés à un défi inédit qui requiert l’implication de toutes les parties prenantes. C’est bien le défi relevé par les Etats Généraux de la Transition de la Montagne, dont vous avez signé la déclaration- finale. Alors allez au bout de vos engagements et ne laissez pas les montagnards dans une voie sans issue avec une corde usée.

Nous réserverons notre choix de vote à l’examen des amendements.

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