Intervention de Bénédicte PASIECZNIK : Actions éducatives collectives dans les lycées

Intervention générale de Bénédicte PASIECZNIK

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette proposition de rapport intervient après un échange sur la liberté d’expression et la mémoire de Samuel Paty, lors de la commission lycées de décembre dernier. Réunion surprenante où l’exécutif semblait confondre liberté d’expression, laïcité et mémoire et où ni bilan des actions déjà menées, ni piste de réflexion ne nous ont été présentés.

Dans une approche constructive, notre groupe et les différents groupes de gauche vous ont fait des propositions: bilan des réalisations passées, concertation avec les fédérations d’éducation populaire, travail avec le rectorat sur la complémentarité Education nationale et propositions régionales, valorisation des projets menés par des expositions au sein des hôtels de région.

Puis, nous recevons ce rapport, sans précision sur les échanges avec la communauté éducative et le bilan des expériences passées.

Nous découvrons un rapport visant à faire de la région, je cite, “un acteur éducatif majeur dans l’objectif de favoriser l’acquisition par les jeunes de connaissances et de valeurs pour bien amorcer leur vie d’adulte et de citoyen et de défendre les valeurs de la France et de la laïcité”.

Et pour cela, quatre piliers:

  • Fier de notre identité régionale, mémoire et patrimoine,
  • Volonté d’entreprendre,
  • Valeurs de la République,
  • Sport.

C’est donc un carcan qui nous est proposé, un projet étriqué et rabougri, voire indigent, pour former des futures citoyennes et citoyens formatés, compétitifs et estampillés “Marque région”.

Rien sur l’égalité, la lutte contre les discriminations ou la solidarité, rien sur la santé sexuelle et reproductive ou la prévention des conduites à risques, rien sur la mobilité internationale, l’éco-citoyenneté ou la culture. Il ne faudrait pas que les lycéennes et lycéens de notre région risquent de s’émanciper !

L’égalité, parlons-en. Vous proposez de mettre en valeur “les inventeurs régionaux”. 

Peut-on parler des femmes? J’ai envie de citer ici Hubertine Auclert, une des premières féministes françaises, qui s’est battue pour le droit de vote des femmes. Elle est née le 10 avril 1848, à Saint-Priest-en-Murat dans l’Allier.

Vous proposez de mieux éduquer notre jeunesse par une prise de conscience sur la contribution qu’elle doit apporter à la collectivité… Nous pouvons vous rejoindre sur la préparation à l’engagement citoyen. Mais pourquoi la limiter à la participation aux commémorations et l’organisation de temps d’échanges avec des structures comme la FNACA ou l’ARAC en vue de proposer aux jeunes de devenir « porte-drapeaux »? Il existe tant d’autres formes d’engagements citoyens, pompiers volontaires et services civiques, par exemple.

Vous souhaitez soutenir la volonté d’entreprendre? Pourquoi la limiter à son volet économique ? l’esprit d’entreprendre est bien plus large, il peut concerner l’engagement associatif, artistique. Donnons envie aux jeunes d’entreprendre, ne leur coupons pas les ailes !

Sur le sport, pourquoi limiter vos interventions aux sections sportives ou à la promotion “des valeurs éducatives du sport de haut niveau” ? Pourquoi toujours orienter sur le sport d’excellence ? Pourquoi ne pas plutôt permettre la découverte de nouveaux sports? Pourquoi oublier le sport santé alors qu’il y a clairement un enjeu de retour à la pratique du sport après la crise covid ? Nous nous interrogeons également sur la concertation avec les ligues sportives. Qu’en est-il ?

De manière générale, vous ne parlez pas de santé, alors qu’il est primordial de donner aux élèves la maîtrise de leur propre santé et des moyens pour l’améliorer. Par une approche globale de la santé des jeunes, il s’agirait de promouvoir des programmes de prévention, en termes de santé sexuelle et reproductive, d’alimentation, de conduites à risques et d’addiction, de bien-être, ou encore de santé environnementale.

Et où est l’éducation à l’environnement ? A l’heure des urgences écologiques, en termes de climat, de biodiversité, de qualité de l’eau et de l’air, comment peut-on ne pas soutenir les initiatives dans ce domaine ? Qu’en est-il de la prise de conscience de la nécessaire transition de notre société, au niveau énergétique et alimentaire ? Notre territoire régional est riche de projets en la matière, les lycéens et lycéennes doivent pouvoir les connaître pour plus tard s’y impliquer.

Vous ne souhaitez plus soutenir les projets hors du territoire régional, donc plus de mobilité nationale et encore moins internationale. Pourtant, cette ouverture sur le monde est très importante dans les lycées situés dans les quartiers urbains “politique de la ville” ou  dans les zones rurales où l’assignation à résidence est malheureusement encore trop présente.

Dans un rapport sur l’égalité des chances dans la France des zones rurales et des petites villes, en mars 2020, ­la présidente de l’association ­Chemins d’avenirs expose les diffi­cultés rencontrées par la jeunesse de ces territoires : Ainsi, les indicateurs montrent combien collégiens, lycéens et étudiants des territoires isolés sont entravés à l’heure de construire leur avenir. En 2014, 72 % des élèves de ces territoires poursuivaient des études supérieures contre 81 % au niveau national. Pourtant, étudiants, ils ont en moyenne de meilleurs résultats. Ainsi, les élèves des milieux ruraux s’autocensurent, et à cela s’ajoutent des problèmes de mobilité et d’accès à la culture.

Sur la culture, un rapport prévu à la commission permanente soutient une convention d’éducation artistique et culturelle sur une communauté de communes rurales du Cantal. Très bien, mais alors soutenez les démarches des lycées en la matière. Ce sont toutes les initiatives qui aiguisent la curiosité culturelle, artistique ou scientifique qui permettent l’émancipation. 

Ouvrons le champ des possibles pour que ces actions éducatives collectives contribuent à l’épanouissement et à l’implication des jeunes de notre région !

Vous nous parlez d’écologie positive, je souhaite vous parler d’éducation positive. Une éducation qui ne formate pas mais qui émancipe, et prépare de futures citoyennes et citoyens ouverts et confiants en l’avenir.

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