Le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes était réuni en assemblée plénière ce jeudi 22 octobre 2026 pour étudier une série de rapports régionaux importants : un rapport d’orientations budgétaires toujours marqué par l’austérité, une réponse répressive aux mobilisations lycéennes, un plan montagne qui peine à prendre le virage de l’adaptation climatique ou encore un soutien aux associations en total décorrélation avec leurs besoins. Une assemblée également marquée par nos interpellations sur la gestion des risques, la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs ou encore l’utilisation des fonds publics.
L’assemblée plénière, c’est quoi ?
C’est le temps fort de la vie démocratique du conseil régional : les 204 membres du conseil régional, qui représentent les citoyennes et citoyens d’Auvergne-Rhône-Alpes, se réunissent environ tous les deux mois dans l’hémicycle à Lyon pour la session plénière.
Comme à l’Assemblée nationale, les 204 membres du conseil régional ont le pouvoir de délibérer c’est-à-dire de voter les délibérations (les décisions) que la Région mettra en œuvre. Celles-ci sont proposées par l’exécutif : ici Fabrice Pannekoucke et ses vice-président·es.
L’assemblée du conseil régional est composée de 204 membres : 134 de la majorité (118 LR et 17 UDI), 70 de l’opposition (28 écologistes, 11 PS, 6 CIC (Communistes, Insoumis et Citoyens), 5 PRG ; 15 RN-UDR et 5 non-inscrits). L’ensemble des votes se font à la majorité simple, Fabrice Pannekoucke a donc les coudées franches pour appliquer son programme.
Pendant un jour, les groupes politiques de la majorité et de l’opposition défendent, amendent et critiquent les délibérations, expliquent pourquoi elles doivent être soutenues ou rejetées. Chaque délibération est ensuite votée et les services du conseil régional peuvent ensuite les appliquer.
La session plénière est retransmise en vidéo sur le site de la région.
Finances : des urgences ignorées pour une gestion des fonds publics discutable
Orientations budgétaires : la Région ne tient toujours pas le bon cap
À l’occasion du débat sur les orientations budgétaires, nous avons dénoncé la poursuite, depuis dix ans, d’une politique d’austérité qui ne répond ni aux urgences sociales, ni aux défis environnementaux.
Malgré les alertes répétées, l’exécutif régional persiste dans la compression des dépenses de fonctionnement, au détriment des agents, des lycées et des services publics. Nous avons également pointé l’absence de stratégie ambitieuse pour les transports, l’agriculture, la montagne ou encore la santé.
Face à cette politique, nous avons défendu nos propositions : réorienter les investissements vers la transition écologique, renforcer les services publics, développer les transports collectifs accessibles à toutes et tous et accompagner la transformation de notre modèle agricole.
Ce budget ne manque pas de moyens, mais d’orientations politiques nouvelles qui répondent à un monde et un climat qui changent. La Région dispose de leviers essentiels pour préparer l’avenir de ses territoires : nous continuerons à demander des comptes à l’exécutif et à défendre une autre trajectoire.
Retrouvez l’intervention de Natacha Muracciole : https://ecologieaura.fr/ap202610-dob/
Un budget supplémentaire… pour rien
Nous avions eu l’occasion, lors de l’adoption du budget primitif, de dire que ce budget était insuffisant, avec un budget en fonctionnement austère qui étrangle les acteurs dépendant de la Région et des investissements loin d’être à la hauteur pour les lycées comme pour le financement de l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Pourtant, ce budget supplémentaire est loin de rectifier le tir, alors même que la Région a des marges de manœuvre financière et des recettes supérieures aux prévisions.
Au contraire, c’est encore une occasion ratée de répondre à l’urgence climatique, ressentie par toutes et tous cet été. Rien de nouveau pour accompagner les agriculteurs, les communes, les lycées, les organismes de formation, les universités et les entreprises pour s’équiper, se protéger, limiter l’impact des canicules et des sécheresses à venir.
Une occasion ratée également de répondre aux demandes des lycéens et lycéennes ainsi que des personnels éducatifs en lançant des interventions d’urgence dans les situations les plus critiques. Pas un centime pour pallier l’urgence et garantir des conditions d’accueil et de travail dignes, mais uniquement un budget supplémentaire de 10 millions d’euros, pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros, pour réparer les dégradations commises.
Nous votons donc contre ce budget supplémentaire qui n’est en réalité qu’un simple acte technique s’inscrivant dans la continuité du budget primitif voté précédemment. Nous avons présenté 12 amendements afin de proposer des actions concrètes et immédiates visant à avancer sur ces deux sujets dès maintenant.
Retrouvez l’intervention de Vincent Gay : https://ecologieaura.fr/ap202610-budgetsupp2026/
Forteresse de Saint-Vidal : des alertes anciennes et des questions toujours sans réponse
Ce rapport fut l’occasion de revenir sur le contentieux en appel opposant la Région à l’Association de Valorisation du Velay, Auvergne et Gévaudan, relatif au financement de la forteresse de Saint-Vidal en Haute-Loire.
Grâce à ce contentieux, nous avons appris que la Région a décidé de ne pas verser le solde de l’une des subventions, au regard des manquements constatés chez le bénéficiaire. Cette décision confirme nos alertes émises dès 2019 concernant l’honnêteté du porteur de projet, Vianney d’Alençon, propriétaire de la forteresse, directeur de la SAS gérant l’hôtel de luxe de la forteresse et président de l’association qui perçoit les fonds publics. Malgré nos alertes, l’exécutif a quand même voté plus de 2 478 000 euros en autorisations de programme.
Depuis juin, nous demandons sans succès, la communication des documents permettant de connaître les montants versés, leur utilisation et le devenir de ces fonds en cas de vente de la propriété privée. La présidente de la commission Culture affirmait : « Une fois qu’on a voté les subventions, ce n’est plus notre affaire. » Nous rappelons que le contrôle de l’utilisation des fonds publics est précisément notre affaire.
Nous questionnons enfin la légèreté de l’exécutif dans l’octroi de ces subventions, au regard des liens de Vianney d’Alençon avec la sphère Bolloré et du discours révisionniste du spectacle.
Retrouvez l’intervention de Myriam Laïdouni :
Montagne : un plan qui prolonge les modèles du passé plutôt que de préparer l’avenir
Cet été, la montagne nous a adressé plusieurs rappels à l’ordre. Nous sommes entrés dans un nouveau régime climatique et la montagne change plus vite que nos politiques publiques.
Beaucoup des préoccupations que nous portons de longue date sont aujourd’hui devenues des évidences. La majorité régionale admet, dans ce rapport « Ambition 2030 », la « grande vulnérabilité » des territoires de montagne et la fragilité des petites et moyennes stations face au changement climatique, à la concurrence et à la dépendance à l’enneigement.
Pourtant, elle refuse toujours d’en tirer toutes les conséquences et ce, malgré les recommandations de la chambre régionale des comptes. Aucune remise en question de la viabilité du modèle économique actuel, ni de véritable stratégie de transformation.
Ce qui frappe dans ce plan, c’est l’écart entre le diagnostic et les réponses proposées : une stratégie de communication autour des JOP 2030 et des solutions techniques qui ne traitent pas les causes profondes des difficultés que connaissent aujourd’hui les territoires de montagne.
Le débat n’est pas celui des pro ou anti-ski, ni celui des pro ou anti-JOP. Ce n’est pas non plus une question d’attractivité des territoires de montagne. La véritable question est bien plus fondamentale : comment continuer à vivre en montagne en 2030 et au-delà ? L’habitabilité devrait être au cœur de notre politique de montagne.
Cette réflexion est déjà engagée dans certains de nos territoires. Ce qu’ils demandent n’est pas seulement de nouveaux financements, mais de l’ingénierie, de l’accompagnement et des moyens pour construire collectivement leur avenir.
C’est pourquoi nous appelons à un véritable plan d’adaptation des territoires de montagne, qui traite ensemble des enjeux de l’eau, du logement, de la gestion des risques naturels, des mobilités, de l’agriculture, de la biodiversité et des services publics. Un plan construit démocratiquement, car l’avenir de la montagne repose sur davantage de coopération, de solidarité et de démocratie.
Nous votons contre ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Claudie Léger : https://ecologieaura.fr/ap202610-planmontagne/
Lycée : face aux revendications lycéennes, la Région choisit la répression
Ce rapport, intitulé “Dégradations dans les lycées : des actes, des conséquences” est la seule réponse donnée par la majorité régionale aux revendications lycéennes. Un rapport qui transpire la précipitation plutôt que la concertation, avec pour seul leitmotiv : la répression.
Un écran de fumée, qui tente de cacher le vide abyssal des réponses apportées aux revendications, pourtant légitimes, des lycéennes et aux lycéens. Ces revendications sont matérielles : des ateliers aux normes, des fenêtres qui ferment, des plafonds étanches, etc. Mais leurs revendications sont aussi d’un autre ordre : ils sont inquiets pour leur avenir dans un contexte marqué par le changement climatique et les inégalités sociales, et sont en colère devant l’indigence des réponses apportées. Ils sont par ailleurs les premiers à dénoncer les débordements et dégradations, tout comme nous avons dénoncé et dénonçons tous les actes de violence.
La réponse du Gouvernement n’est pas à la hauteur, à l’instar de celle de l’exécutif régional. Ce rapport dépeint une conception étriquée de l’éducation, avec une « politique des trois P » : punition, privation, poursuite. Si encore ces mesures étaient innovantes mais elles ne font que décliner des mesures déjà mises en œuvre, illégales ou évidentes.
En 2023, nous avions déjà émis des préconisations pour améliorer l’état du bâti, développer des pratiques démocratiques et mettre en œuvre des mesures socialement justes dans les lycées. Trois ans plus tard, force est de constater que la Région n’a toujours pas pris la mesure des urgences sociale, climatique et démocratique.
C’est pourquoi nous avons élaboré un plan décliné en douze propositions pour des lycées dignes, accessibles et adaptés aux besoins des élèves.
Nous avons voté contre ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Catherine Bony : https://ecologieaura.fr/ap202610-lycees/
Sécurité : la gestion des risques ne peut plus attendre
Avec ce rapport, l’exécutif régional poursuit son soutien à la vidéosurveillance et à l’équipement de la police municipale. Une vision de la sécurité que nous ne partageons pas, avec une intervention hors compétences, sans approche globale, articulant prévention et répression.
Bien que la Région affirme avoir mobilisé 470 millions d’euros depuis 2016, nous avons demandé une évaluation de l’efficacité de cette politique car la sécurité ne se résume pas à la vidéo surveillance. Elle concerne aussi la gestion des risques, et en particulier des risques naturels, oubliée par l’exécutif régional malgré un été marqué par des canicules, des sécheresses et de nombreux incendies qui ont touchés toute la région. Aucun positionnement sur ce sujet, si ce n’est l’opération d’achat de climatiseurs en juillet ; comme si cet été n’était qu’un accident de parcours, alors qu’il va devenir la norme !
La fragmentation foncière, l’abandon des terres agricoles, l’artificialisation et l’extension des zones d’interface entre habitat et forêt impliquent aujourd’hui de repenser l’aménagement du territoire afin de renforcer la gestion active des paysages et de restaurer des mosaïques plus résilientes associant agriculture, forêt et pastoralisme.
Par ailleurs, la culture du risque est peu développée en France alors qu’il est nécessaire de diffuser massivement l’information sur les risques propres à chaque territoire, les comportements à adopter pour limiter ces risques et les bons réflexes en cas de crise.
Enfin, la région peut soutenir le développement des outils de surveillance, de prévision, d’alerte et de gestion de crise par les collectivités concernées ainsi que leur appropriation par les acteurs locaux et la population.
Alors que l’anticipation est primordiale, nous ne pouvons que constater la passivité de cet exécutif.
Nous avons voté contre ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Bénédicte Pasiecznik : https://ecologieaura.fr/ap202610-securitecommune/
« Revitalisation des centres-villes et centres-bourgs » : des promesses en manque de moyens
Nous avons exprimé notre soutien aux artisans et commerçants dont les commerces ont été dégradés et pillés et dont certains, malgré les aides, ne se relèveront pas. Cette fragilité croissante des petites et très petites entreprises est le fruit des politiques publiques de l’exécutif régional et des politiques nationales : paupérisation de la classe moyenne, augmentation des coûts de l’énergie, carnets de commandes en berne, etc.
La majorité régionale propose un pack simplification-financement calqué sur le pack Relocalisation dédié aux industries, dont le bilan livré est pour le moins laconique et fantasmant la création de 19 000 emplois. Un chiffre qui ne tient pas compte des emplois supprimés par les délocalisations que la Région n’a pas empêchées.
Les moyens ne sont pas à la hauteur de l’ambition affichée de faire vivre nos centres-villes et nos villages. Ce qui compte au fond pour la Région, c’est de livrer les TPE aux grands donneurs d’ordre, des entreprises elles-mêmes aux mains de fonds d’investissement prédateurs, perfusées aux subventions publiques et avides de résultats à deux chiffres. Cette économie-là détruit notre modèle social, creuse les inégalités, monte les Françaises et les Français les uns contre les autres, détruit les conditions d’habitabilité sur Terre.
Nous avons donc proposé trois amendements pour favoriser la reprise des entreprises par leurs salariés, accompagner ou créer des foncières de redynamisation commerciale et développer une politique régionale de revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs.
Nous nous sommes abstenus sur ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Fabienne Grébert : https://ecologieaura.fr/ap202610-packregioncommercantsartisans/
Vie associative : des petits travaux plutôt qu’un soutien pérenne
« La Région soutient ses associations », le titre était prometteur. Après des années de sabotage méthodique du tissu associatif, nous avons enfin cru à un tournant, avec un soutien apporté aux associations, dont l’exécutif régional reconnaît le rôle dans la création de lien social, d’attractivité, de vitalité pour toute notre région. Nous avons cru à un soutien financier pérenne, pluriannuel tant en investissement qu’en fonctionnement.
Pourtant, il n’est finalement pas question d’aide au fonctionnement. La droite régionale promet des miettes pour financer quelques petits travaux. Mais dans quels locaux ? Avec quels bénévoles ? Pour quelles activités ? Nos associations meurent et l’exécutif régional leur donne de l’argent pour acheter les clous du cercueil.
Alors que les associations se mobilisent partout en France depuis des mois, cette réponse est indécente. Par nos trois amendements, nous avons au moins tenté de ne pas faire de ce dispositif, un énième outil de clientélisme. Mais parce que nous aimons et admirons bien trop nos associations pour participer à cette triste farce, nous nous sommes abstenus sur ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Natacha Muracciole : https://ecologieaura.fr/ap202610-associations/
Voeu : construire un dialogue respectueux avec les représentant·es des élèves et des enseignant·es et les parents d’élèves dans les lycées publics
Des enfants bousculés par des policiers, des jeunes grièvement blessés, des interpellations contestées : nous ne pouvons rester silencieux face aux accusations de violences policières. Les violences et les dégradations commises lors des manifestations sont également inacceptables et nous condamnons sans ambiguïté les agressions contre les personnes, y compris les policiers et les gendarmes, ainsi que les destructions de biens publics ou privés. Mais ces violences ne sauraient être confondues avec les mobilisations pacifiques de milliers de jeunes, ni servir à discréditer leurs revendications.
Dans un État de droit, la liberté de manifester est un droit fondamental. Le maintien de l’ordre doit garantir cette liberté et respecter les principes de nécessité et de proportionnalité. Il est urgent de revoir la doctrine du maintien de l’ordre.
Mais au-delà de cette question, il est indispensable d’entendre les raisons profondes des mobilisations lycéennes. Notre jeunesse demande les moyens d’étudier dignement et de construire son avenir. Ces revendications appellent des réponses concrètes de l’État.
Nous avons ainsi demandé au ocnseil régional d’exiger de l’Etat de garantir pleinement le droit de manifester des lycéennes et lycéens, d’engager une réforme de la doctrine du maintien de l’ordre ainsi qu’une réforme profonde de Parcoursup, de revoir les rythmes scolaires et l’organisation des enseignements et enfin de renforcer les moyens de l’Éducation nationale.
Retrouvez l’intervention de Pascale Bonniel Chalier : https://ecologieaura.fr/ap202610-voeule-lycees/
Question orale : « Travailler plus pour gagner plus » : la fin du dispositif ?
Pour cette assemblée plénière, nous avons questionné l’exécutif régional sur l’arrêt supposé du dispositif « travailler plus pour gagner plus » adopté en juin 2025 malgré nos alertes sur son efficacité et sa légalité.
Selon les organisations syndicales, la Région aurait mis fin à cette expérimentation, sans en informer les élus. Nous avons demandé des explications sur les raisons de cet éventuel arrêt et sur les conséquences pour les agents concernés, notamment ceux ayant renoncé à des jours de congés ou travaillé davantage. Nous avons rappelé que l’attractivité des emplois régionaux passe avant tout par une meilleure rémunération, la reconnaissance du travail et l’amélioration des conditions de travail et non par des opérations de communication.


