Intervention de Claudie Léger sur le plan montagne – ambition 2030

Monsieur le Président, chers collègues,

dsdsAvant toute chose, au nom du groupe Les Écologistes, un mot pour Gilles Chabert.

Nous ne partagions pas la même vision de l’avenir de la montagne. Nos désaccords étaient profonds. Mais chacun reconnaissait son engagement sincère pour les territoires de montagne et sa volonté constante de les défendre. Nous adressons une pensée respectueuse à sa famille et à ses proches.

Un rapport qui porte des constats lucides mais reprend les outils d’hier

A la lecture de ce rapport, beaucoup des préoccupations que nous portons de longue date sont aujourd’hui devenues des évidences : vous admettez la “grande vulnérabilité” des territoires de montagne, la fragilité des petites et moyennes stations face au changement climatique, à la concurrence et à la dépendance à l’enneigement.

Pourtant, vous refusez toujours d’en tirer toutes les conséquences. Ces constats devraient vous conduire à interroger la viabilité du modèle économique actuel et à engager une véritable réorientation stratégique.

Avec « Ambition 2030 », nous attendions précisément cette nouvelle étape, recommandée par la Chambre régionale des comptes et que nous demandons de rapports en rapports.

Mais vous continuez de répondre par une stratégie de communication autour des JOP 2030 et par des solutions techniques qui ne traitent pas les causes profondes des difficultés que connaissent aujourd’hui les territoires de montagne.

Ce qui frappe dans ce plan, c’est l’écart entre le diagnostic et les réponses proposées.

La principale évolution est le relèvement du plafond d’aide aux petites et moyennes stations. Pour le reste, vous êtes davantage dans la prolongation d’un modèle que dans une véritable stratégie de transformation.

Nous nous interrogeons également sur la poursuite du financement d’équipements de loisirs présentés comme de la diversification. Diversifier la montagne, ce n’est pas seulement remplacer une activité touristique par une autre. C’est aussi soutenir l’agriculture, la forêt, l’artisanat, les associations locales et les métiers de la transition écologique.

Nous soutenons les aides au logement des saisonniers, que nous défendons depuis longtemps, mais nous regrettons l’absence de critères de rénovation énergétique.

Ce plan reste centré sur l’accompagnement des domaines skiables. L’adaptation au changement climatique, la prévention des risques naturels, la préservation de la biodiversité, les mobilités principales responsables des EGES ne sont pas un sujet.

Enfin, l’angle mort de ce plan reste la ressource en eau. Pourtant, elle conditionne l’eau potable, l’agriculture, l’hydroélectricité, les milieux naturels et les équilibres entre amont et aval.

Quelle montagne voulons-nous en 2030 ? 

Au fond, le débat n’est pas celui des pro ou anti-ski, ni celui des pro ou anti-JOP. La véritable question est bien plus fondamentale : comment continuer à vivre en montagne en 2030 et au-delà ?

Cet été encore, la montagne nous a adressé plusieurs rappels à l’ordre. Crues torrentielles, éboulements, incendies, sécheresses, recul des glaciers : nous sommes entrés dans un nouveau régime climatique et la montagne change plus vite que nos politiques publiques.

Après les routes emportées et les habitations menacées, la maire de Vallouise-Pelvoux résumait la situation en une phrase lors du congrès de l’ANEM : « c’est l’habitabilité de ma population qui est en danger ».

L’habitabilité, devrait être au cœur de notre politique montagne.

Pendant longtemps, nous avons pensé la montagne à travers l’attractivité. Or la montagne n’a pas un problème d’attractivité. Les touristes viennent, les investisseurs aussi et elle devenue un lieu refuge l’été. Mais dans le même temps, les habitants peinent à se loger, la ressource en eau se tend, les infrastructures deviennent plus vulnérables et les risques augmentent.

Une montagne attractive mais inhabitable n’a pas d’avenir.

Cette réflexion est déjà engagée dans nos territoires. À Tignes avec la démarche Tignes 2050, comme dans des communes d’Auvergne telles que Super Besse, élus et habitants travaillent ensemble sur l’adaptation climatique, le logement, l’agriculture ou l’avenir du tourisme.

Ce qu’ils demandent n’est pas seulement de nouveaux financements. Ils demandent de l’ingénierie, de l’accompagnement et des moyens pour construire collectivement leur avenir.

C’est pourquoi nous appelons à un véritable plan d’adaptation des territoires de montagne, qui traite ensemble l’eau, le logement, les risques naturels, les mobilités, l’agriculture, la biodiversité et les services publics.

Mais surtout, un plan construit démocratiquement. Car les transformations à venir ne pourront réussir sans les élus locaux, les habitants, les associations, les scientifiques et les acteurs économiques.

L’avenir de la montagne repose sur davantage de coopération, de solidarité et de démocratie.

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