Intervention de Benjamin JOYEUX : Plan régional de santé

Intervention générale de Benjamin JOYEUX

Monsieur le Président, chèr.es collègues,

Permettez-moi de partir d’un constat général, surtout après deux ans de pandémie ayant mis l’ensemble de nos personnels soignants à rude épreuve : le système français de santé, après avoir été longtemps considéré comme le « meilleur du monde », ne peut plus être qualifié comme tel aujourd’hui.

De très fortes inégalités sociales et territoriales persistent et s’accroissent, dans un système pourtant pensé au départ pour garantir l’égalité de toutes et tous, quels que soient ses revenus, face à la maladie. Le père de la Sécurité sociale, Ambroise Croizat, définissait la Sécurité sociale comme « l’affirmation d’une solidarité nationale indiscutable. » 

Cette solidarité nationale est aujourd’hui discutée, par des politiques publiques de santé ayant depuis des années l’argent comme mesure de toute chose (en particulier la mise en place de la T2A depuis 2007), et par des inégalités  immenses entre les territoires qui ne cessent de se creuser.

A l’heure où l’on nous parle d’allonger la durée de cotisation des retraites, en 2016, pour la première fois depuis 50 ans, l’espérance de vie a baissé. Ce simple fait aurait dû provoquer une véritable révolution. Il n’en a rien été !

Selon l’Insee, en 2020, l’espérance de vie varie de plus de 80 ans à Paris à 72 ans à Mayotte, et chez les 5% de personnes les plus aisées, elle est de plus de 84 ans, pour 71 ans parmi les 5% de personnes les plus modestes. Soit 13 ans de vie supplémentaires pour les plus riches par rapport aux plus pauvres.

A ces inégalités totalement inacceptables se sont ajoutés ces dernières années des scandales sanitaires ayant brisé la confiance de toute une partie de la population : Distilbène, sang contaminé, Diane 35, Médiator, Dépakine… Autant d’affaires ayant mis à mal la confiance en notre système de santé.

D’où l’immense urgence de démocratiser enfin la santé pour remettre le patient au cœur de la démarche de soins. La complexification progressive du système de santé a eu pour effet de déposséder progressivement les professions médicales du pouvoir de décision au profit des managers.

Dernier élément du constat général, le plus fondamental : l’urgente nécessité d’avoir une approche beaucoup plus globale en matière de santé, une approche de santé environnementale, basée sur la prévention. Selon l’Assurance maladie, 20 millions de personnes en France ont recours à des soins liés à une pathologie chronique. Parmi elles, 3 millions d’enfants et d’adolescents. Les pollutions de l’environnement jouent un rôle majeur dans le développement de ces maladies. Leur prévalence en hausse constante est un des principaux enjeux pour l’avenir de notre système de santé et pour la sauvegarde de ses principes d’égalité et de solidarité.

A cet égard, comment oublier la santé mentale ? Aujourd’hui à l’hôpital, 30% des postes en psychiatrie ne sont pas pourvus et 20% des postes d’internes sont désertés. Résultat, pour un rendez-vous avec un psychiatre, il n’est pas rare d’avoir plus d’un an d’attente dans certains services. Alors que les besoins n’ont jamais été aussi criants !

Evidemment, ce constat alarmiste s’adresse en premier lieu à l’Etat et à ses services déconcentrés, les ARS. Mais les collectivités comme la nôtre ont également un rôle fondamental à jouer, en matière de financement, de formations, de prescription, de prévention, de promotion…

Et c’est bien là que le bât blesse avec ce rapport, présenté comme ambitieux sur la forme et pourtant tellement insuffisant sur le fond.

D’abord en ce qu’il constitue en ses 2/3 un bilan des actions menées et pour un tiers seulement un véritable plan avec des propositions pour les prochaines années. Et ensuite parce qu’il s’agit surtout d’un rapport sur le soin, et non sur la santé. En particulier un rapport de marketing territorial, cherchant à attirer des médecins généralistes dans tel territoire plutôt qu’un autre, en oubliant au passage tous les autres professionnels de santé.

Ainsi ce rapport manque cruellement d’ambition dans le domaine de la prévention et de la santé environnementale. Il manque surtout d’une vision globale de l’écosystème de santé dont nous devrions nous doter en Auvergne-Rhône-Alpes pour répondre réellement à l’extrême urgence de la situation.

C’est pourquoi notre groupe a voulu vous proposer toute une série d’amendements qui, nous l’espérons, sauront retenir toute votre attention, autour de trois grands axes :

1- Agir sur les déterminants environnementaux de la santé

2- Prévenir plutôt que guérir : la prévention, l’information et le dépistage permettent d’éviter des pathologies et donc des soins. 

3- Créer un écosystème de santé efficace pour notre région, en mettant un terme à la concurrence entre territoires pour favoriser l’exercice coordonné. 

Nous proposons donc au conseil régional d’engager une démarche proactive et globale,

de type « Agenda 21 », pour intégrer des critères de santé environnementale dans toutes les politiques publiques : transports collectifs, matériaux de construction, restauration collective des lycées, qualité de l’eau, pollution de l’air, etc. La région dispose de nombreuses politiques qui peuvent concourir à la réduction de l’exposition aux polluants, ou qui peuvent au contraire aggraver la situation (routes, soutien aux lignes aériennes domestiques, baisse des crédits de la biodiversité, etc.). Il s’agit d’agir en cohérence dans l’ensemble des politiques publiques pour favoriser la santé de tous les habitants de notre région.

La France ne consacre que 10 milliards d’euros, soit environ 6% de ses dépenses de santé, à la prévention. Et les collectivités locales ont malheureusement le même tropisme, en concentrant essentiellement leurs actions sur les soins. En matière de prévention, ce volet du rapport présenté est sans aucune véritable ambition : il se limite à un soutien à la vaccination contre le papillomavirus et au dépistage du cancer du sein.

En AuRA, nous avons même un paradoxe… un rapport santé qui se veut ambitieux alors que dans ses lycées, la région a supprimé toutes les actions éducatives collectives en matière de santé sexuelle. Notre groupe propose donc de restaurer ces dispositifs, et d’aller plus loin en proposant des appels à projets en matière de lutte contre le VIH-sida et de lutte contre les addictions, notamment l’abus d’alcool. 

Les associations sont également vitales en matière de santé. Or, le conseil régional a fortement réduit son soutien au mouvement associatif depuis 2016. Nous proposons donc de rehausser le soutien financier de la région à ces acteurs indispensables de la santé. 

Il s’agit enfin de mettre en œuvre un écosystème de santé efficace pour notre région : le rapport qui nous est présenté acte une concurrence entre les territoires qui est délétère. L’hôpital manque de professionnels et les déserts de santé s’accroissent. La course aux primes risque bien de ne rien résoudre !

Nos 26 amendements ne sortent pas du chapeau. Nous avons mené des auditions avec des acteurs de la santé incontournables de notre région : France Assos Santé, la Fédération des maisons de santé, le Réseau environnement santé, l’Observatoire régional de santé et 4

URPS. Je les remercie chaleureusement ! Nous avons d’ailleurs été surpris d’apprendre de l’URPS Médecins qu’ils n’avaient pas été contactés en amont de la présentation de ce plan. 

Vous proposez également d’organiser des “Assises régionales de la Santé”… mais à l’automne 2022. Nous, nous aurions plutôt fait le bilan et la concertation avant de présenter un rapport bouclé de 24 pages en assemblée plénière.

Pour conclure, comme l’écrit si justement Antoine Vial dans son livre « Santé, le trésor menacé », notre système de santé est « un trésor national plus précieux que nos plus belles œuvres d’art, plus inestimable que nos plus prestigieux monuments ». Ce trésor subit aujourd’hui une dégradation progressive qui n’est pas inéluctable.

Si nous manquons d’ambition, dans un futur proche, ce sont les GAFAM qui risquent de prendre le relais des pouvoirs publics en matière de santé, dotées de budgets colossaux et de données personnelles inépuisables. Notre Sécurité sociale et ses idéaux d’égalité et de solidarité n’y survivraient pas. Nous espérons ainsi que vous saurez prendre en compte nos propositions au-delà de nos divergences politiques afin de pouvoir voter pour ce rapport, sur la thématique si essentielle de la santé, une des grandes priorités actuelles des Françaises et des Français.

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