Intervention de Fatima Parret sur le plan « Retour au travail »

Après avoir vidé les caisses de la formation professionnelle de 200 millions d’euros au précédent mandant, Laurent Wauquiez propose un plan « de –retour au travail » qui se résume à sanctionner toujours plus les chômeurs.

Monsieur le président, 

Vous présentez aujourd’hui un plan dans la continuité de votre politique adéquationniste puisque nous avons déjà entendu, hélas, ce même discours, et vu à l’œuvre ces mêmes fausses solutions il y a tout juste trois ans avec le plan « Former pour l’emploi”. Sans résultat aucun. 

Dans l’incapacité de nous fournir un bilan chiffré de la formation en Auvergne-Rhône-Alpes, par manque de méthodes ou à dessein, le plan “retour au travail” sonne comme une simple affaire de communication. 

Des chiffres existent pourtant grâce à l’excellent travail du journal Médiacités : Ainsi, en 2019, avec 119,8 millions d’euros, la région Auvergne-Rhône-Alpes pointait à la neuvième place (sur douze) du classement des régions pour les dépenses de formation continue. Si on ramène ce chiffre au budget total de la collectivité, le décrochage devient encore plus flagrant : la formation professionnelle ne représente que 3,2% de l’ensemble des dépenses. Nous sommes avant-derniers, bravo !

Vous avez choisi d’abandonner cette compétence puisque le budget consacré  est passé de 254 millions en 2015 à 119 millions en 2019. Ce sont des dizaines de milliers de places de formations qui n’ont pas été mises à la disposition des demandeurs d’emploi d’Auvergne-Rhône-Alpes. 

Avec la reprise économique post-covid, alors que les métiers qualifiés hier “d’essentiels” peinent à recruter, tant s’est exacerbée leur pénibilité, et alors que le réchauffement climatique toujours plus prégnant appelle des investissements massifs pour verdir nos emplois et engager la transition, vous auriez pu Monsieur le Président, vous auriez dû, prendre un virage. 

Si le problème de recrutement est réel, force est de constater que se concentrer sur les métiers en tension ne marche pas. En tout cas, cette méthode ne fonctionne pas. On est constamment dans un manque d’anticipation, une sorte de décalage entre les besoins et le nombre de personnes formées.

Mon collègue l’a démontré hier, tel un Harpagon politique, quand vous ne les avez pas supprimés, vous avez réduit les crédits formation à de la simple communication. Méprisant les demandeurs d’emplois et cette assemblée, vous avez fait ainsi une annonce de 100 millions d’euros il y a quelques jours… en oubliant de mentionner que la Région n’en financerait même pas la moitié. 

Interrogée en commission à ce titre, votre majorité a été, bien à la peine, de justifier cet effet d’annonce tant sur la forme que sur le fond. 

La réalité de la politique de formation professionnelle en Auvergne-Rhône-Alpes est que la région délègue à Pôle emploi la gestion de la formation. Ainsi lors du mandat précédent : avec votre refus de s’associer au pacte de l’État, la baisse du nombre de formations financées par la région a été compensée par celles payées par Pôle emploi.

Finalement, votre vision se rapproche de celle de Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France et de celle d’Emmanuel Macron, une vision hautement méprisante des demandeurs d’emplois : 

  • Non, on ne permet pas aux demandeurs d’emplois de retrouver du travail en traversant la rue, 
  • Non, on ne retrouve pas un emploi en allant sur les réseaux sociaux. 
  • Non durcir les conditions d’octroie des formations professionnelles ne relève pas d’une stratégie pérenne mais de la manipulation. Nous ne sommes pas dupes : vous faites porter aux demandeurs d’emplois une responsabilité pour dissimuler votre sous-investissement.

Le choix même de l’intitulé du plan que vous nommez “plan de retour au travail” est une provocation et sonne comme une mise en ordre de marche des demandeurs d’emploi, alors que le problème est bien lié à un marché en décalage permanent entre l’offre et la demande, tant sur les profils recherchés que sur les secteurs géographiques, 

Dans une logique de la carotte et du bâton, la seule innovation de ce rapport consiste dans les sanctions que vous souhaitez renforcer : 

  • sanctions inégalitaires majeures entre les demandeurs d’emploi avec deux ou trois ans sans accès à la formation
  • sanction sous la forme d’une suspension pour les entreprises.
  • conditionnement d’une part du subventionnement des organismes de formation à la réussite des stagiaires et à leur réinsertion et donc un risque d’exclusion des bénéficiaires les plus précaires et les plus éloignés de l’emploi. 

Or M. le Président, les sanctions que vous proposez et autour desquelles vous avez tant communiqué, sont en réalité difficilement applicables. Nous ne pouvons pas établir une liste noire des demandeurs d’emploi récalcitrants et nos services ne sont pas équipés pour faire ce tri. Ce refus de formation est une atteinte au droit fondamental de se former et peut être suivi de recours nombreux. 

De plus, ces sanctions n’empêcheront pas les ruptures de parcours car le problème de ces métiers en tension est ailleurs : pourquoi donc les entreprises n’arrivent-elles pas à embaucher dans certains secteurs ? 

Pourquoi personne ne veut se lever dans le froid pour aller couler du béton ?

Pourquoi personne ne souhaite faire des kilomètres pour soigner nos aînés en étant payé à la tâche ?

Pourquoi personne ne se présente plus pour cueillir des fruits, ramasser des poubelles, nettoyer des couloirs ?

Cette difficulté s’explique avant tout par un manque de considération de ces métiers. Sans une réelle revalorisation de la rémunération et un questionnement autour de la pénibilité et de la précarité de ces emplois, il est fort à parier que la situation ne changera pas. 

C’est donc au niveau de l’État qui gère la fonction hospitalière qu’il faudrait agir et auprès des branches professionnelles, des entreprises du BTP,  et de la restauration, pour ne citer qu’eux, qu’il faudra mener des actions de sensibilisation pour que soit prise en compte la pénibilité, pour que les salaires soient plus attractifs, pour que les contrats ne soient pas précaires. Tant que la situation de ces métiers n’aura pas évolué positivement sur ces points, ces métiers continueront de ne pas attirer.

Ce n’est donc pas votre campagne sur les réseaux sociaux qui changera la donne, ni vos sanctions injustes et inapplicables.

Pour finir, nous aurions préféré que vous vous engagiez sur les formations liées aux services publics telle que la petite enfance et ceux de l’animation socio culturelle que vous citez à juste titre dans les exemples de métiers en tension, mais dans lesquels vous ne souhaitez pas engager les deniers de la Région.

Nous aurions souhaité enfin que vous vous tourniez vers l’avenir en accompagnant la transition écologique des entreprises et en formant aux métiers stratégiques de demain : métiers de l’énergie, du bâtiment, des transports publics. En accompagnant de nombreux porteurs de projets dans ce domaine… 

Quand allez-vous enfin anticiper les besoins à venir au lieu d’attendre d’être confronté à des besoins urgents en main d’œuvre formée.

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