Monsieur le Président, chers collègues,
Ce rapport, contre lequel nous voterons, est la seule réponse aux revendications lycéennes que vous soumettez au débat de l’assemblée régionale. Il sent la précipitation plutôt que la concertation.
À première vue, un seul leitmotiv semble vous guider : la répression. Le titre de ce rapport a un rythme martial : des actes, des conséquences. Une, deux, une, deux.
Mais, à y regarder de plus près, se dresse au mieux, un écran de fumée, qui tente de cacher le vide. Le vide abyssal de vos réponses aux demandes des lycéennes et des lycéens. Ils attendent de voir leur avenir se dégager, ils ont d’autres rêves que vos 30 millions sortis du chapeau et vos déclarations indignées.
On a su que le président de Région s’était déplacé dans quelques lycées, entraînant une course « à qui arriverait le premier » du DASEN, du préfet, du maire ou de la rectrice, comme au lycée Etienne Mimard à Saint-Étienne. On a appris aussi qu’il n’était pas venu rencontrer des jeunes.
D’ailleurs, quand ils ont manifesté, non violents et joyeusement, devant l’hôtel de Région, personne n’a daigné descendre de son bureau pour les rencontrer. Sans parler de les inviter à discuter autour de la même table. Seules des élu·es écologistes et de gauche les ont écoutés.
À défaut d’échanger avec eux, vous pourriez lire les pancartes qu’ils brandissent en manifestation. Elles expriment clairement, avec un talent certain, leurs revendications.
Leurs revendications sont matérielles, bien sûr. Des ateliers aux normes, des fenêtres qui ferment, des plafonds étanches, des portes aux toilettes, des ordinateurs qui fonctionnent… La liste n’est pas exhaustive. Et c’est bien le moins que la collectivité leur doive.
Leurs revendications sont aussi d’un autre ordre.
Ils envisagent difficilement leur avenir dans un contexte où le dérèglement climatique produit des effets d’une intensité jusqu’alors inédite. Et ils sont en colère devant l’indigence des réponses apportées. Installer quelques brasseurs d’air chaud, recommander d’ouvrir les fenêtres tôt le matin ou choisir les salles orientées au nord pour les examens est loin d’amorcer un véritable plan de rénovation thermique des lycées.
Ils envisagent difficilement leur avenir dans le contexte où les inégalités sociales sont criantes. Certains jeunes, scolarisés dans des lycées en bon état, ont manifesté par solidarité avec ceux dont les lycées sont délabrés et mal équipés. Ils attendent d’être entourés de plus d’adultes, non seulement de personnels enseignant et d’éducation, mais aussi d’agents de la Région.
Ils sont en quête de sens et développent une réflexion sur les injustices sociales que vos choix politiques cherchent à cacher, tel l’uniforme scolaire, ou, au contraire, exacerbent comme la bourse au mérite.
Leurs revendications sont légitimes. Leur colère est légitime. Leurs manifestations sont légitimes.
Ils sont les premiers à dénoncer les débordements, les dégâts et les violences dont vous vous servez pour essayer de décrédibiliser leur mobilisation. Ils l’ont clairement exprimé, et à de nombreuses reprises. Et avec eux, nous avons dénoncé, et nous dénonçons encore tous les actes de violence. Et nous continuerons à les dénoncer.
La réponse du gouvernement n’a pas été à la hauteur. On a d’abord entendu le ministre de l’Intérieur, avant de percevoir la voix du ministre de l’Éducation nationale. Votre rapport n’a pas plus d’envergure.
Face à la légitimité des revendications lycéennes, vos réponses sont du registre de la répression. Parce que vous n’écoutez pas, parce que vous ne voyez que les dégâts, parce que vous avez une conception étriquée de l’éducation, vous lancez « la politique des trois P » : punition, privation, poursuite. Si encore ces mesures étaient innovantes. Mais vous ne déclinez que des mesures que vous mettez déjà en œuvre.
Premièrement, sous couvert de responsabilisation et d’innovation éducative, vous voulez appliquer le Code de l’éducation. J’allais dire « grand bien vous fasse ! »
Mais ces mesures sont à la main de l’Éducation nationale, de ses agents et de ses instances. Le proviseur ou le conseil de discipline, élu par la communauté éducative et les élèves, sont souverains.
Vous comptez mettre à leur disposition les personnels de la collectivité pour encadrer des travaux d’intérêt général. Et au passage on souligne le travail des agents pour que les élèves soient accueillis dans les meilleures conditions.
Pour en revenir aux travaux d’intérêt général, des responsables syndicaux, inquiets, nous ont alertés car des agents devront les encadrer. Or si une concertation est prévue avec les chefs d’établissement, aucune n’est à ce jour programmée avec les organisations syndicales de la Région. Aucune garantie n’a été donnée alors que ces sanctions engendreront un surcroît de travail à des équipes déjà bien souvent en effectif restreint. Les jeunes n’apporteront pas une aide, ils ne sont pas formés aux tâches auxquelles ils seront contraints. Les agents ne sont pas nécessairement formés à l’encadrement de jeunes et leur responsabilité pourrait être engagée. Je ne vous ferai pas le chapitre sur le « volontariat » : lorsqu’on est un ou une subordonné·e, le travail devient assez vite « forcé ». Les agents craignent aussi d’éventuelles représailles à leur encontre et envers leur famille.
Deuxièmement, la conditionnalité des aides.
Rien de nouveau, c’est dans tous les règlements régionaux.
« Conditionner l’octroi des aides individuelles à l’absence de comportement incivique de la part des demandeurs » laisse croire que la Région a la capacité d’infliger une sanction alors qu’elle n’en a pas la compétence. Ce serait appliquer une double peine, et donc remettre en cause, je cite, « l’indispensable équilibre entre droits et devoirs », qui s’applique aussi à la collectivité.
Cette conditionnalité cache fort mal l’absence de perspective éducative de ce texte.
Troisièmement, porter plainte et se constituer partie civile.
Pour le coup, la collectivité est en droit y compris de demander des dommages et intérêts. C’est le droit de toute victime d’une infraction. Et vous n’avez pas attendu le vote de l’assemblée plénière pour le faire, à grand renfort d’annonces bien entendu.
De quoi apparaître, en plus, à la rubrique « faits divers » de la presse locale ! En quoi cette disposition constitue-t-elle une réponse aux revendications lycéennes ? Aucune communication ne remplace une vraie politique éducative.
En 2023, après six mois de consultations des jeunes, de leurs parents et de tous les personnels, nous vous avions proposé des recommandations pour améliorer l’état du bâti. Nous avions aussi émis des préconisations pour développer des pratiques démocratiques et mettre en œuvre des mesures socialement justes dans les lycées.
Trois ans après, force est de constater que vous n’avez toujours pas pris la mesure des urgences sociale, climatique et démocratique.
C’est pourquoi nous avons élaboré un plan décliné en douze propositions pour des lycées dignes, accessibles et adaptés aux besoins des élèves. Nous le développerons en présentant nos amendements.


