Pour notre souveraineté énergétique, redémarrons les fours de l’usine Ferropem de Château-Feuillet !

En ce 1er avril, nous aurions préféré vous faire une blague légère. Mais nous n’avons pas franchement la tête à ça : ce 1er avril marque la fin du « Plan de sauvegardé de l’emploi » (PSE) de l’usine Ferropem de Château-Feuillet (La Lachère, Savoie). Près de 200 emplois sont menacés de suppression, et les salariés ont déjà reçu des courriers leur interdisant l’accès au site. Il s’agit pourtant d’une usine rentable et indispensable à la structuration d’une filière photovoltaïque en France.

Et le gouvernement laisse faire Ferroglobe. C’est peut-être ça la blague : multiplier les grands discours sur la relocalisation industrielle et l’indépendance énergétique, mais laisser mourir un maillon indispensable de cette indépendance. On rit jaune.

Nous avons proposé une tribune à plusieurs médias pour alerter l’opinion sur l’avenir de cette usine. Nous n’avons malheureusement eu que des réponses négatives : « l’actualité nous impose d’autres priorités éditoriales » nous disent-ils. Nous la publions donc sur notre site, en espérant que cette bataille pour l’industrie de notre région trouve l’écho qu’il mérite. Nous continuerons d’être aux côtés des salariés, sans relâche, pour sauver leurs emplois et leurs savoir-faire.

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TRIBUNE

Pour notre souveraineté énergétique, redémarrons les fours de l’usine Ferropem de Château-Feuillet !

L’offensive russe en Ukraine a mis au jour la dépendance énergétique de l’Union européenne envers la Russie. Nos gouvernants s’agitent depuis pour tenter de pallier leurs inconsistances passées : certains entendent importer du gaz de schiste américain à l’impact environnemental désastreux, d’autres se rêvent en maître de l’atome.. mais dans 20 ans.

Avant de s’agiter, encore faudrait-il ne pas perdre bêtement certaines batailles industrielles, chez nous ! 

À 1200 km de la frontière ukrainienne, dans les Alpes, se dresse une forteresse industrielle centenaire. Elle a vu se succéder des générations d’ouvriers, sur ces terres de labeur qui ont vu naître Ambroise Croizat, fondateur de la Sécurité sociale. L’usine Ferropem de Château-Feuillet (Savoie) est un fleuron, un symbole du savoir-faire industriel de Tarentaise, reconnu mondialement pour sa production de silicium de haute qualité et ses équipements modernes. Et elle est un maillon indispensable à la structuration d’une filière photovoltaïque performante en France.

Le 1er avril, que restera-t-il de cette usine ? Le groupe Ferroglobe s’entête dans un projet de restructuration conduisant à la fermeture de ce site, à la suppression de 196 emplois et à se priver d’un outil de production indispensable. 

Le PSE (Plan de “sauvegarde” de l’emploi) prend fin cette semaine. Les résultats de l’entreprise connaissent pourtant un très net redressement depuis fin 2020. La production vendue de 2021 a retrouvé le niveau de 2019. Les éléments prévisionnels pour 2022, communiqués par la direction, montrent que la progression de la production vendue sera très importante et pourrait dépasser les niveaux historiques de 2017 et 2018. Au quatrième trimestre 2021, face à l’augmentation record des cours du silicium, le chiffre d’affaires de Ferroglobe a augmenté de 33 % pour revenir à son niveau de 2018 !

L’atout de cette usine tient à ses ouvriers, qui ont su s’adapter et faire preuve d’innovation, améliorant ainsi la productivité pour être dans le peloton de tête des industries du groupe. Pourquoi sacrifier ce savoir-faire ? Sur l’autel de quoi ? Les motifs avancés pour justifier la fermeture de l’usine de Château-feuillet ne tiennent pas face aux bénéfices records engrangés par le groupe Ferroglobe. 

La semaine dernière, les ouvriers ont commencé à recevoir des courriers leur interdisant l’accès au site, sans que la direction n’ait daigné examiner sérieusement la contre-proposition avancée par les représentants des salariés pour un redémarrage de l’activité. La proposition des salariés fait pourtant la démonstration de la viabilité économique du site de Château-Feuillet.

Dans le contexte de crises que nous traversons et qui révèlent la nécessité d’une souveraineté industrielle et d’une politique énergétique fortes et autonomes, la fermeture du site de Château-Feuillet est impensable et condamnerait l’avenir d’une filière silicium en Europe.

Au lieu de tergiverser et de ménager comme trop souvent les grands groupes industrialo-financiers, il est urgent que le Gouvernement reprenne la main sur ce dossier, exige l’arrêt du PSE avant la fin des négociations fixées au 1er avril et envisage sérieusement la nationalisation de l’usine si Ferroglobe s’entête. Les discours sont vains si la main se met à trembler à l’heure des décisions difficiles. 

Signataires : 

  • Yannick Jadot, candidat écologiste à l’élection présidentielle, député européen
  • Fabienne Grébert, président du groupe Les Écologistes au conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes
  • Claudie Ternoy-Léger, conseillère régionale de Savoie, conseillère municipale d’Albertville, conseillère communautaire Arlysère
  • Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, président du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires ; 
  • Thomas Dossus, sénateur du Rhône
  • Raymonde Poncet Monge, sénatrice du Rhône
  • Hubert Julien-Laferrière, député du Rhône
  • Régis Juanico, député de la Loire
  • Gwendoline Delbos-Corfield, députée européenne
  • Michèle Rivasi, députée européenne
  • Grégory Doucet, maire de Lyon
  • Eric Piolle, maire de Grenoble
  • François Astorg, maire d’Annecy, vice-président du Grand Annecy

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