Si la fête des amoureux permet de déclarer sa flamme à l’être aimé·e, au conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes elle est une occasion de célébrer le feu qui unit Laurent Wauquiez et son exécutif aux élu·es d’extrême-droite.
Depuis le début du mandat de Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les avances se multiplient à destination des groupes d’extrême-droite. Reprenant parfois de façon éhontée leurs fantasmes xénophobes et leurs paniques morales, le président de la Région n’en est plus à du simple flirt mais à la sérénade appuyée aux élu·es des groupes LIS (pour “Libertés, Identité et Souveraineté”, proche d’Eric Zemmour) et RNL (Rassemblement national et Localistes)
Destinés, ils étaient tous les deux destinés…
Car oui, l’idylle qu’entretient Laurent Wauquiez avec l’extrême droite se développe désormais depuis plus de dix années. Dès le début des années 2010, en affirmant son opposition au mariage pour tous, Laurent Wauquiez abandonnait son soutien de façade à une droite sociale et humaniste et faisait le choix de labourer le terrain de la Manif pour tous pour séduire l’extrême-droite réactionnaire.
Depuis 2017, dans une démarche électoraliste, Laurent Wauquiez poursuit son opération séduction de l’extrême-droite. Tel Cupidon, il décoche ses flèches sur les électeurs du RN.
« Eric est ici chez lui ». La venue d’Eric Zemmour au siège des Républicains en 2019 n’est pas anodine et démontre bien que, sous sa direction, le parti a opéré sa mue réactionnaire. Mêmes slogans, mêmes idéologies nauséabondes !
C’est un beau roman (national), c’est une belle histoire ?
Au sein même du conseil régional qu’il préside, Laurent Wauquiez instille les paniques morales et apporte des réponses aux torchons agités par l’extrême-droite.
Les propositions de Laurent Wauquiez sont applaudies copieusement sur les bancs de l’extrême-droite : sur l’immigration, sur la sécurité, mais aussi sur les acteurs culturels et les associations à mettre au pas, sur les autorités administratives qu’il faudrait démanteler, sur le roman national qui glorifie le fantasme d’une France identitaire, éternelle, chrétienne…
Des associations font directement les frais de ces rapprochements. L’association Filactions, une des dernières associations qui sensibilise aux violences sexistes et sexuelles dans la région, a ainsi vu sa subvention régionale suspendue en étant qualifiée de “wokiste” et d’autres “délires idéologiques dangereux” par l’extrême-droite. Avant que le dossier ne soit rattrapé in extremis suite à une forte mobilisation, appuyée par notre groupe.
Fais-moi une place… dans ton programme
Laurent Wauquiez signe son mandat par une forme de dérive populiste criante. L’illustration même de ce populisme conservateur décomplexé réside dans la volonté d’imposer le port de l’uniforme aux lycéen.es de la région, ainsi que la réduction des actions éducatives collectives à quatre thématiques seulement : Fier de notre identité régionale, mémoire et patrimoine ; Volonté d’entreprendre ; Valeurs de la République ; Sport. Exit la culture, les échanges à l’étranger, l’écologie, la santé sexuelle… . Cette tentative de bâillonnement de la jeunesse n’est sans doute pas pour déplaire aux tenants de l’extrême-droite qui de longue date cherchent à imposer l’ordre et l’autorité à la jeunesse de ce pays.
Finalement, l’alliance entre les conservateurs régionaux semblait couler de source en décembre dernier lors de l’assemblée plénière consacrée au vote du budget. L’exécutif, pourtant peu enclin à accepter les amendements des oppositions, a accepté un amendement d’Isabelle Surply, élue Reconquête, concernant la lutte contre la pornographie. Cet amendement est le seul amendement budgétaire à avoir été adopté cette année. Début février 2024, en commission jeunesse c’est Isabelle Surply elle-même qui répondait à la place de l’exécutif à une question d’un élu concernant le dispositif créé par son amendement…
Aimer à perdre la raison
En octobre de la même année, c’est un vœu du groupe LIS que Laurent Wauquiez faisait adopter tout sourire par sa majorité. Un vœu intitulé “Loi ZAN : une pause s’impose !” qui expliquait notamment “Sous un verdissement de rigueur, cette loi porte en elle les germes d’un profond déséquilibre -accentué par les ZFE- entre territoires, d’une paralysie de la ruralité, et d’une paupérisation accentuée des populations concernées, privées de toute perspective de développement’. Un discours démagogique qui verse dans les fake-news. Dans sa conquête du pouvoir, Laurent Wauquiez a décidé de sacrifier l’écologie et la justice sociale pour mieux épouser les dérives climatosceptiques et trumpistes de l’extrême-droite.
Au conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, le cordon sanitaire a disparu depuis bien longtemps, au profit d’une histoire d’amour bien indigeste.