Intervention de Pierre Janot sur les Jeux Olympiques et Paralympiques 2030

Ce rapport est d’une vacuité telle que nous n’avons pas eu besoin de 500 bénévoles pour le décrypter.

À vous lire, il faudrait choisir entre les Jeux olympiques et le déclin des Alpes.

Nous refusons cette caricature alors que nous entendons depuis des mois le même récit.

Les Jeux seraient sobres, maîtrisés et rentables.

Ils apporteraient un héritage exceptionnel.

Pire, les écologistes  soutiendraient un  « effacement progressif » des territoires de montagne.

Je veux dire ici clairement que cet effacement, ce n’est pas nous qui l’organisons.

C’est le dérèglement climatique qui est déjà à l’œuvre.

C’est lui qui réduit l’enneigement, accentue les tensions sur la ressource en eau et surtout qui remet en cause un modèle économique construit sur l’abondance de la neige.

Vous vendez de l’illusion, nous voulons de l’adaptation.

Alors parlons argent puisque vous ne nous en parlez  jamais :

Pas un seul chiffre dans votre rapport, uniquement des chèques en blanc, un comble pour les chantres de l’orthodoxie budgétaire.

Car ce dossier repose sur une promesse que l’histoire dément systématiquement : celle de la maîtrise financière.

Toujours la même histoire : des budgets initiaux présentés comme raisonnables, puis des coûts qui augmentent et des collectivités qui finissent par payer.

Car notre Président de fait partage avec le Président Macron la même matrice néolibérale qui épuise et fragilise les classes moyennes :

1 – Endetter les collectivités au nom d’un soi-disant ruissellement,

2 -distribuer cet argent, non pas aux stations en difficulté mais au plus riches,

3 – demander à chacun d’entre nous de payer l’addition

Le véritable effacement, c’est celui de ne plus voir les Auvergnats Rhône Alpins dans les grandes stations.

Et le seul ruissellement que nous observons aujourd’hui dans nos montagnes, c’est celui de la neige qui fond. Dessous la glace, la facture olympique.

Ce que nous lisons dans cette délibération est particulièrement édifiant : la région transfère le risque financier des JOP vers les collectivités.

Et voilà le mistigri des JOP qui, passé des mains du CIO, a atterri dans celle de l’Etat, lequel s’est empressé de le transmettre aux Régions qui se défaussent désormais sur les collectivités locales.

Florilège de votre délibération, création originale  la « matrice des responsabilités » , qui se trouve être en fait une matrice de déresponsabilité :

Car in fine, ce sont les départements, les communes et les intercommunalités qui seront sollicités partout : transports, voiries, déneigement, gestion des déchets, signalétique, hébergement pour les personnels, équipements, mise à disposition gratuite des sites.

Autrement dit, on disperse les dépenses pour mieux les faire disparaître des présentations officielles.

On privatise les bénéfices de communication.

On mutualise les risques.

Et on socialise la facture.

Cet enfumage budgétaire est indigne et malhonnête, dénoncé par la cour des comptes, mais également par l’Inspection générale des finances qui avait identifié dès l’origine un déséquilibre potentiel compris entre 850 et 900 millions d’euros.

Alors la question est simple : qui assumera les déficits ?

A cette question, vous n’avez jamais répondu et vous ne répondrez pas.

Ils seront ponctionnés sur les 2 milliards d’euros de TVA payés par celles et ceux qui jamais n’iront ni à Courchevel, ni à Méribel, ni à Val d’Isère.

Autre singularité relevée par la cour des comptes : 26 % de financement public contre seulement 5 % pour Paris.

Car voyez-vous, l’exécutif régional qui déteste l’assistanat, adore recevoir des fonds publics sur des évènements non financés.

Après l’artificialisation des sols, puis l’artificialisation de la neige, voici venu l’artificialisation des engouements.

Ces JOP sont, depuis le début, un projet autoritaire, anti-démocratique qui ne parle à personne en dehors des habitants proches des zones de compétition, sans saisine de la commission nationale du  débat public.

Il est vrai que le casting des partenaires annoncés de la dream team climaticide fait déjà rêver : TotalEnergies, coca-cola, morgan.

Monsieur PANNEKOUCKE,

Toutes les médailles qui seront remises, tous les hymnes qui seront joués, tous les podiums qui seront décernés n’effaceront jamais ce manque criant de démocratie.

Vous et le Président de fait ne seraient ni le général de GAULLE qui en 1968 a façonné Grenoble,

Ni même François Mitterrand, qui avait désenclavé Albertville.

Vous ne serez porteur d’aucun projet d’avenir de territoires, seulement les promoteurs des stations nanties, richissimes, perclus de subventions et à l’appétit insatiable d’empiéter sur les paysages de montagne, grandes bénéficiaires du dérèglement climatique.

Voilà ce qui nous sépare politiquement.

C’est ce  milliard d’euros, qui aurait du être mobilisé pour un véritable plan régional de transition et de diversification des stations les plus fragiles.

Un mot enfin sur la capitale des Gaules qui deviendrait pôle glace.

C’est pas pire que Nice. Il n’y a pas plus de manchots sur la place Bellecour que sur la promenade des Anglais.

(Nous avons assumé nos divergences avec cette candidature, nous avons souligné les contradictions, nous sommes restés fidèles à nos idées.)

Mais ce que l’histoire retiendra, c’est que Monsieur WAUQUIEZ, qui n’a cessé de vouer aux gémonies les écologistes, a imposé au CIO la ville de Lyon afin d’éloigner l’épouvantail, je dirai plutôt le yeti parisien.

Tiens, la voilà la véritable écologie punitive.

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