Voici notre traditionnel retour de la commission permanente (CP) du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, qui a eu lieu ce vendredi 25 septembre 2026. Pour rappel, la CP est un organe représentatif de l’assemblée plénière, composée de 68 personnes (dont 9 écologistes), où les décisions sont prises à huis clos, sans débat et où il n’y a pas de réel compte-rendu public.
Pour cette septième commission permanente de l’année 2026 en visioconférence, nous avions 97 rapports à voter, ce qui n’a pas empêché l’exécutif régional d’expédier cette CP en près de 24 minutes.
📚 Missions locales : la Région resserre encore la vis
La Région s’emploie une nouvelle fois à compliquer le travail des missions locales en leur imposant chaque année de nouvelles exigences. Elle n’accompagne plus ses partenaires, même s’ils sont efficaces et pertinents. Elle les essore, les maltraite même.
Les missions locales ont vu leur mode de financement modifié il y a deux ans avec l’intégration d’une part variable passée de 5% à 20%, payée en fonction des objectifs atteints : insertion vers l’emploi, entrée en formation, actions d’orientation et d’accompagnement des jeunes, mise en relation avec des entreprises… . Les missions locales ont respecté ces critères et ont même dépassé les objectifs exigés. L’exécutif régional a alors décidé de rendre plus difficile l’accès à ces financements variables en durcissant les conditions. Cette fois, la Région a décidé de ne plus attribuer les financements de la part variable des missions locales sur un objectif d’entrée en formation !
Pourtant, depuis des années, le réseau des missions locales demande de financer des formations correspondant aux besoins des jeunes en grande difficulté, plutôt que de privilégier uniquement les formations certifiantes ou qualifiantes. Elles demandent notamment des actions de remobilisation ou de remise à niveau pour amener progressivement ces jeunes vers la formation. Ce qu’elles veulent, c’est garantir à chaque jeune un accès équitable à l’accompagnement et à la formation, quel que soit son niveau ou son territoire. Au lieu de revoir son offre (quasi inexistante d’ailleurs), la Région privilégie la mise à l’emploi et supprime aujourd’hui l’objectif d’entrée en formation comme critère de la part variable. Il s’agit de mettre les jeunes en emploi. Peu importe l’emploi ; peu importe leur niveau. Il faut travailler et, si possible, sans se former. Pour une collectivité dont la compétence principale est la formation, voilà qui est un comble !
Enfin, nous avons également pu découvrir la nouvelle vice-présidente Myriam Keller, qui nous a avoué en commission : “je n’y connais pas grand chose dans ce domaine, mais je vais apprendre avec vous.” Un tel niveau d’incompétence sur ce sujet pourtant central en dit long sur l’intérêt porté à la formation professionnelle avec cette nomination par la droite régionale !
💼 Economie : jusqu’ici tout va bien…
Ça pourrait résumer la politique économique de la Région. Continuer comme avant, coûte que coûte, même si ça brûle partout, que les sécheresses s’enchaînent, même si les tensions géopolitiques liées à la baisse des ressources secouent les marchés économiques comme toute la société.
Face à cela, la droite régionale continue les mêmes financements à l’international, enchaîne les plans d’urgence pour aider les sinistré·es sans se poser la question du pourquoi ça va mal. Ce que nous voulons, nous, c’est inverser la logique, agir en amont des crises. Nous demandons que les dirigeant·es d’entreprises soient outillé·es et accompagné·es pour adapter leur modèle économique, réduire leur empreinte environnementale et anticiper les crises à venir, notamment en matière d’approvisionnement et d’énergie. Nous voulons soutenir des modèles économiques plus circulaires fondés sur la fonctionnalité, la régénération et la sobriété en ressources.
Pour illustrer l’absurdité de la déconnexion de la politique régionale des enjeux écologiques, prenons un exemple en Haute-Savoie : 148 000 euros pour l’extension d’une zone d’activités à Archamps ; la zone d’activités concernée est loin d’être saturée, les salarié·es ne peuvent pas se loger à cause de la spéculation foncière en zone frontalière.es entreprises de ce fait n’arrivent pas à embaucher et on continue à arroser là où c’est déjà mouillé ! Pendant ce temps, d’autres départements de la région sont sinistrés, voient les entreprises délocaliser et laisser sur le carreau des centaines de salarié·es. Qu’elles rendent l’argent si elles ont touché des subventions et s’en vont produire ailleurs. Réorientons l’argent public dans les territoires qui en ont le plus besoin, pour des activités pour lesquelles nous avons besoin de sécuriser notre pays : alimentation, énergie, logement, santé, etc.
🎭 Culture : des fonds publics sans critères ni évaluation ?
Lors de la commission Culture, la confusion entre évaluation et jugement nous a laissé·es pantois·es ! À notre demande de bilan global (quantitatif et qualitatif) sur les CTEAC (Conventions territoriales d’éducation artistique et culturelle), alors que nous soulignons à chaque délibération tout l’intérêt que nous portons à ce dispositif, la présidente de la commission a justifié le manque d’évaluation par la “non volonté de juger”. Donc, selon cet exécutif régional, évaluer les politiques publiques, c’est porter un jugement. Cela en dit long sur l’arbitraire qui règne au sein de cette majorité. De même, sur le fonds fantôme, le FIC (Fonds d’intervention culturelle), qui n’apparaît pas sur le site internet de la Région et ne dispose d’aucun objectif et critère de sélection : on nous le présente comme un fonds de « rattrapage », quand un projet ne rentre dans aucun autre dispositif existant. Sauf que ces méthodes ne permettent pas de rendre public ce fonds laissé à l’usage discrétionnaire des ami·es de Monsieur Wauquiez. La Haute-Loire, et particulièrement le Puy-en-Velay, sont d’ailleurs très bien servis !
🤝 Commission handicap, jeunesse, vie associative… : la commission « bouche-trou »
La Région continue de détourner l’argent public censé être dédié au secteur associatif (qui est en grave crise, rappelons-le) avec 450 000 € rien que sur cette commission pour l’achat de barnums remplis de logos bleus de la Région…
Lorsqu’on demande pourquoi une aide à un festival de Harley-Davidson se retrouve dans le « fonds d’intervention à la vie associative », on nous répond que l’on a pas trouvé de place ailleurs pour ça… C’est dire la grande estime des élu·e·s de la majorité pour ce fonds régional !
Quant aux aides pour certains réseaux d’action sociale, elles sont exclusivement portées sur de l’investissement (du matériel avec… des logos bleus !) ; plus rien pour le fonctionnement. C’est toujours la même rengaine : « les associations sont bien contentes de recevoir un peu d’argent de la Région », de quoi se plaint-on ! Sauf que, lorsqu’il n’y a plus d’argent pour rémunérer le travail salarié dans les associations, le camion et le frigo au logo bleu ne servent plus à grand-chose.
🌾 Agriculture : le jeu de théâtre du vice-président à l’agriculture
La présentation de la politique alimentation (ou plutôt du non-respect de la loi EGalim) par la Région a une nouvelle fois été reportée…. Espérons que nous l’aurons enfin à la prochaine commission (en octobre).
Après un été dramatique pour l’agriculture, la Région n’annonce cette fois aucune aide exceptionnelle (contrairement aux épisodes de grêle ou de sécheresse de ces dernières années) : « c’est à l’État de gérer ». En résumé : la majorité régionale ferme les yeux sur la réalité du changement climatique et fait l’autruche sur l’urgence de l’adaptation du monde agricole : ne changeons rien, tout va pour le mieux !
Cerise sur le gâteau de l’hypocrisie du vice-président à l’agriculture, Olivier Amrane : lorsqu’on souligne l’étrange disparition des dossiers d’aide de la Confédération paysanne, et le déséquilibre des aides apportées aux syndicats agricoles, en particulier en Ardèche, (département dont il est le président et où la FDSEA et les Jeunes agriculteurs sont des syndicats minoritaires), il fait la sourde oreille en évoquant l’équilibre entre les territoires régionaux…
Bref, on n’a pas fini de lever des lièvres !
🏫 Éducation : financer coûte que coûte la reconstruction du lycée privé des Chartreux à Lyon
Laurent Wauquiez a annoncé dès le lendemain de l’incendie du lycée des Chartreux, institution privée lyonnaise, une aide de 3 millions d’euros pour aider à reconstruire les bâtiments.
Fin juin, la Région a signé une convention avec le lycée public La Martinière Diderot pour installer des bâtiments provisoires sur un de ses terrains de sport, sans vérifier que les créneaux disponibles sur les installations sportives des Chartreux permettraient d’accueillir les élèves de La Martinière Diderot et contre l’avis des représentant·es du personnel.
En septembre, la Région s’engage à financer la reconstruction de l’internat à hauteur de 80 % du montant des travaux, dépassant largement le plafond prévu par la loi.
Nous alertons sur le problème de gouvernance des Chartreux que pointe la FNOGEC (la Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique), sans nous attarder sur la mise en accusation pour viol et agressions sexuelles aggravées d’une jeune fille par le directeur démissionnaire des Chartreux.
Ce climat de suspicion devrait questionner et inviter à la prudence avant d’engager une telle somme. Quand il s’est agi de l’IEP de Grenoble comme de l’Université Lumière Lyon 2, les accusations d’islamo-gauchisme et d’antisémitisme ont très vite justifié que la Région cesse tout versement des subventions votées et attendues.
Nous avons juste demandé qu’il n’y ait pas de traitement à géométrie variable pour les établissements d’enseignement dans notre région. On ne peut pas d’un côté sanctionner des universités publiques à partir d’accusations non avérées, en les mettant en grande difficulté financière et, de l’autre, ne demander aucun compte à un lycée d’enseignement privé.
Notre requête n’a pas été entendue.
🌡️ Canicule : la Région sort les clims
Après un été marqué par des épisodes de chaleur extrême, la réponse de la Région ? Des climatiseurs mobiles fabriqués en Chine, avec une mise en scène de Laurent Wauquiez livrant l’hôpital de Vienne. Une opération de communication bien légère face à l’urgence climatique et aux difficultés que traverse l’hôpital public.
Lors de cette commission permanente, de nombreux dossiers ont été votés pour financer l’achat de climatiseurs mobiles, pour plusieurs milliers d’euros d’argent public.
La Région devrait surtout investir dans la rénovation thermique de ses lycées, où élèves et enseignant·es subissent encore des températures parfois étouffantes. Nous aurons besoin de systèmes de refroidissement adaptés au changement climatique. Mais les climatiseurs mobiles ne constituent pas une politique climatique.
Face à la multiplication des canicules, il faut des investissements structurels : rénover, isoler, végétaliser et adapter durablement nos bâtiments.
Un climatiseur peut rafraîchir une salle. Il ne rafraîchira pas la politique climatique de la Région.


