Intervention de Natacha Muracciole sur le compte administratif 2025

Monsieur le vice-président,

Avant de vous livrer notre analyse de ce compte administratif 2025, j’ai une petite question à nous poser collectivement. Comment nous sentons-nous aujourd’hui ? Comment nous, conseillères et conseillers régionaux, nous sentons-nous face à ce qu’est en train de vivre notre région, notre pays, notre planète ? 

Nous venons d’enregistrer les températures les plus élevées que la France ait jamais connues. Il y a quelques jours, un jeune homme dans la Drôme a perdu la vie en travaillant, à cause de la chaleur. Lundi soir, dans l’hôpital Sainte-Marie à Clermont-Ferrand, dans l’aile réservée aux personnes âgées, la température n’est pas descendue en dessous de 33° dans les chambres de toute la nuit.

En tant qu’élus, élus par les habitantes et habitants de notre région pour les représenter, représenter leurs intérêts, défendre leur avenir, nous avons une immense responsabilité. Et donc, au milieu de la catastrophe climatique que nous vivons actuellement dans nos chairs, la région Auvergne-Rhône-Alpes se félicite d’amasser tous les ans un peu plus d’argent. Je vous le redemande : comment vous sentez-vous ?

Comme à votre habitude, vous vous autofélicitez d’une épargne brute record, si ce n’était ce méchant État qui vient nous ponctionner sans vergogne. Mais alors, de vos investissements record, que doit-on retenir ? Comment avez-vous concrètement protégé les Auvergnats et les Rhônalpins ? 

Du côté des transports, vous annoncez 556 millions d’euros d’investissements. Et pourtant, les TER sont toujours aussi bondés aux heures de pointe. Et pourtant notre matériel roulant n’est toujours pas adapté aux pics de chaleur. Et pourtant, vous avez pris un retard considérable dans la commande de nouvelles rames, qui aurait permis un peu plus de confort, de praticité et d’anticipation dans les changements à venir. Et pourtant, vous faites du beurre sur le dos des familles d’Auvergne-Rhône-Alpes. Votre nivellement par le haut du tarif de transport scolaire a permis, je cite, « de réduire le nombre de tarifs, passant de 200 à 6 ». Les familles qui ont vu leur facture doubler sont vraiment ravies de savoir qu’elles ont permis de réduire le nombre de tarifs. Elles le seront d’autant plus en voyant dès la rentrée 2026 leur arrêt purement et simplement supprimé par mesure d’économie. Alors que l’essence est de plus en plus chère et que prendre sa voiture devient véritablement un luxe, on peut dire que vous avez vraiment le sens des priorités. 

Comment protégez-vous l’avenir professionnel de nos habitants ? Certainement pas par votre politique de formation absolument indécente. 

En un an, vous avez retiré 16 millions à la formation professionnelle, 4 millions à l’apprentissage et 12 millions à la formation certifiante. Vous abandonnez les Missions locales et notre jeunesse. Depuis 2015, puisque c’est une période que vous rappelez constamment, c’est une baisse de près de 123 millions sur le secteur de la formation professionnelle ! C’est donc cela votre vision de l’avenir ? 

Comme toujours, vous tapez sur celles et ceux qui, par la formation professionnelle, pourraient retrouver de l’autonomie et leur dignité. Vous ne vous contentez plus de tourner le dos, vous sciez la branche à laquelle les plus fragiles arrivaient encore à s’accrocher. En plus de ça, vous privez notre région de sa place dans les métiers de demain, dans ces activités que nous ne faisons encore qu’imaginer, mais qui seront essentielles pour l’adaptation de nos territoires. Je parle bien sûr du bâtiment, avec la rénovation énergétique que vous dénigrez constamment, je parle bien évidemment du médico-social, avec celles et ceux qui prennent soin dans nos territoires, des plus fragiles. Je parle également du tourisme, un secteur particulièrement impacté par les effets du dérèglement climatique : qu’avez-vous à offrir à nos territoires touristiques, particulièrement à nos territoires de montagne, si ce n’est une vision du passé, basée sur de la neige artificielle à gogo et des jeux olympiques et paralympiques qui creusent un peu plus notre dette climatique ? Comment protégez-vous les gens qui travaillent en montagne et qui voient leur activité et leur environnement changer à une vitesse folle ? Là, encore, votre réponse est vide, vide d’une vision, vide d’avenir. 

D’avenir, parlons-en justement. Nous sommes en pleine période du bac. Cette canicule, la deuxième majeure depuis le mois de mai, frappe nos lycéens au moment même où ils passent leurs examens. Et pourtant, vous n’avez rien anticipé. Rien. Vous découvrez chaque été que le dérèglement climatique est réel. Mais après tout, qui aurait pu prévoir ?

Vous nous parlez de 290 millions d’euros d’investissement dans les lycées. Vous nous parlez de 100 % des établissements équipés d’au moins un dispositif de sécurisation, de 600 tourniquets installés. Bravo. Nos lycéens sont protégés contre les intrusions, mais pas contre la chaleur qui les épuise en plein examen. Vous avez choisi la poudre aux yeux sécuritaire plutôt que l’adaptation climatique réelle. Des tourniquets, oui. Des salles vivables, non.

Et dans le même temps, 22 millions d’euros pour l’investissement dans les établissements privés, et même quelques tentatives de financements d’établissements hors contrat ! Une enveloppe qui ne cesse de grimper, année après année, pendant que le public, lui, attend toujours sa rénovation thermique. Alors je vous le demande : qui protégez-vous vraiment ? Les 322 000 élèves de nos lycées publics, ou la bonne conscience budgétaire de quelques établissements privilégiés ? Vous ne protégez pas nos lycéens. Vous les exposez, vous communiquez sur des chiffres pendant qu’ils suffoquent dans leurs salles de classe.

Parlons maintenant de biodiversité, puisque c’est de l’habitabilité même de notre région dont il s’agit. Cette année encore, et la nouvelle taxonomie environnementale que vous mettez vous-mêmes en avant le confirme, à peine 45% de vos investissements sont qualifiés d’effet climatique favorable. Cela veut dire qu’une majorité de vos choix d’investissement ne protège ni le climat, ni nos écosystèmes. Et vous osez nous présenter cela comme une gestion exemplaire ?

Vous vous félicitez de 7,77 millions d’euros pour nos dix parcs naturels régionaux. Mais après des années de baisses budgétaires successives, c’est l’absence de création de nouveaux parcs que vous validez cette année, pendant que vous reprenez la main sur leur gouvernance. Réduire les moyens d’une politique puis la recentraliser sous couvert d’efficacité : voilà votre méthode.

Et pendant ce temps, toujours aucune conditionnalité sociale et environnementale sur les aides régionales. Aucune. Vous distribuez l’argent public sans exiger en retour la moindre garantie écologique ou sociale. Et vous continuez de refuser tout financement structurel à nos associations, celles qui, chaque jour, sur le terrain, font le travail que vous ne faites pas.

La vérité, c’est que vous ne protégez pas notre région. Vous bradez l’avenir de nos jeunes, vous condamnez nos habitantes et nos habitants à se déplacer de façon coûteuse et polluante, vous laminez les moyens de faire transition dans nos mondes professionnels, vous misez sur un tourisme destructeur et court-termiste, vous sapez consciencieusement tout espace de coopération pour la protection de notre biodiversité.

Vous mettez en péril, jour après jour, l’habitabilité d’Auvergne-Rhône-Alpes, et vous vous en félicitez.

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