Intervention de Maxime Meyer sur “La Région : premier partenaire de ses territoires”

En Auvergne-Rhône-Alpes, les panneaux bleus remplacent l’aménagement du territoire.

C’est exactement ce que démontre cette délibération.

Car derrière les nouveaux intitulés, derrière les annonces de simplification, derrière les promesses de proximité, une question demeure :

Quelle est aujourd’hui votre vision de notre territoire  ?

Depuis dix ans, nous la cherchons.

Mais nous ne voyons ni stratégie, ni cap, ni vision.

Et cette délibération arrive quelques semaines seulement avant la séquence sénatoriale. Hasard de dingue !

Une séquence durant laquelle votre majorité va tout faire pour remettre une nouvelle fois en cause les objectifs de sobriété foncière, détricoter la protection de nos terres agricoles  et retarder encore toute tentative d’adaptation aux réalités climatiques.

Pourtant, les questions qui devraient guider toute politique d’aménagement du territoire sont simples :

Comment lutter contre l’étalement urbain ?

Comment préserver nos terres agricoles ?

Comment permettre aux habitants de vivre, travailler, se soigner et se déplacer près de chez eux ?

Et comment adapter nos territoires au changement climatique ?

Sur toutes ces questions, votre délibération reste muette.

Dehors, la réalité nous rattrape. Notre région traverse une nouvelle canicule, la France enregistre les plus hautes températures de son histoire.

Les écoles ferment, les agriculteurs s’inquiètent, les travailleurs souffrent.

Les cours d’eau s’assèchent.

Et que fait la Région ?

Elle continue de financer l’étalement urbain comme si le climat n’avait pas changé.

Elle continue de considérer la sobriété foncière comme une contrainte administrative plutôt qu’une nécessité écologique.

Résultat : Auvergne-Rhône-Alpes est devenue la première région bétonneuse de France.

Voilà votre véritable héritage.

Et pendant que vous menez la croisade contre le ZAN à Paris, je vous rappelle une réalité beaucoup plus terre-à-terre. Depuis le 22 novembre 2024, la Région est en situation d’illégalité.

Parce qu’elle n’a toujours pas mis à jour son SRADDET conformément aux obligations nationales relatives à la réduction de l’artificialisation des sols.

Et maintenant parlons de la méthode.

Car ce qui frappe dans cette délibération, c’est l’absence totale de bilan.

Alors, j’ai demandé un document très simple :

La liste complète des subventions attribuées commune par commune dans le cadre des précédents dispositifs.

Je n’ai rien reçu.

Rien.

Pourquoi ce refus ?

Pourquoi cette opacité ?

Qu’avez-vous à cacher ?

Médiapart avait déjà démontré lors du précédent mandat que les subventions régionales ne tombaient pas exactement au hasard.

Certaines communes avaient bénéficié d’une attention toute particulière.

Parions que rien n’a changé.

Vous communiquez sur le fait que presque toutes les communes ont été aidées.

Mais quelle réalité se cache derrière ce chiffre ?

Une commune reçoit quelques milliers d’euros.

Une autre reçoit plusieurs centaines de milliers d’euros.

Mais il y a bien deux communes aidées. Le tour de passe-passe statistique est remarquable. L’égalité territoriale beaucoup moins.

Et comme si cela ne suffisait pas :

Les critères sont opaques.

Les arbitrages sont incompréhensibles.

Les maires nous le disent régulièrement.

Nous vous demandons depuis des années de mettre en place une véritable ingénierie territoriale régionale. Vous refusez.

Vous préférez la communication à l’accompagnement.

Et nous arrivons à l’absurdité des panneaux bleus.

Ils sont partout.

À l’entrée des villages.

Devant chaque équipement financé.

Des milliers de panneaux.

Des millions d’euros dépensés.

Une pollution visuelle devenue caricaturale.

Et c’est bien là tout le problème.

Car ces panneaux racontent une histoire qui n’est pas la réalité.

Sur chacun d’entre eux, il faudrait écrire une mention beaucoup plus honnête :

« La Région abandonne ses territoires. »

Elle abandonne les maires qui cherchent un accompagnement, les territoires qui cherchent une stratégie, et les habitantes et les habitants qui attendent des réponses aux défis climatiques.

Nous, écologistes, nous défendons une autre conception de l’aménagement du territoire.

Une vision fondée sur un principe simple :

Vivre et travailler au pays.

Pouvoir habiter, travailler, se former, se soigner, faire ses courses et accéder aux services essentiels sans être condamné à parcourir des dizaines de kilomètres chaque jour.

Cela suppose de recréer de la proximité.

Cela suppose de réinvestir les centres-bourgs et les villages

Pas avec des panneaux bleus.

Avec des commerces.

Avec des logements rénovés.

Avec des services publics.

Avec des transports collectifs efficaces.

Cela suppose aussi de préserver les terres agricoles et les espaces naturels.

Préserver ces espaces n’est pas une contrainte.

C’est une condition de notre résilience, de notre souveraineté alimentaire, et de notre avenir.

Cela suppose enfin de penser les territoires comme complémentaires et solidaires.

D’arrêter d’opposer les villes aux campagnes.

D’organiser les mobilités, l’emploi, le logement et les services  pour les rendre accessibles sans voiture Voilà ce qu’est une politique d’aménagement du territoire.

Parce qu’un territoire ne se résume pas à un panneau bleu.

Un territoire, c’est un projet de société.

Et de projet de société, cette délibération est désespérément dépourvue.

Je vous remercie.

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