Commission permanente du 29 mai 2026 : le meilleur du pire

Voici notre traditionnel retour de la commission permanente (CP) du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, qui a eu lieu ce vendredi 29 mai 2026. Pour rappel, la CP est un organe représentatif de l’assemblée plénière, composée de 68 personnes (dont 9 écologistes), où les décisions sont prises à huis clos, sans débat et où il n’y a pas de réel compte rendu public.

Pour cette quatrième commission permanente de l’année 2026, nous avions 90 rapports à voter, ce qui n’a pas empêché l’exécutif régional d’expédier cette CP en 20 minutes.


👵 Clientélisme et opacité autour du PASS’Région seniors 

PASS’Région seniors : de nouveaux dispositifs d’aide ont été ouverts sur ce pass, sans que l’on puisse avoir la moindre réponse quant aux montants financiers estimés sur cette opération et les lignes budgétaires dédiées. Cela comprend une aide à l’adhésion aux associations à hauteur de 15 € par personne via le pass. Cette mesure sent très fort le clientélisme.. la Région précisant que les associations ayant de manière ponctuelle ou régulière des activités militantes en seront exclues ! Que sont les “activités militantes” ? Qui décide de leur exclusion ? Lorsque l’on pose la question à l’élue en charge du PASS’Région seniors, celle-ci nous explique tout simplement que c’est elle qui va étudier “finement” les dossiers pour donner son aval, que c’est une évidence que certaines associations ne seront pas financées, comme les structures “exotiques”… ! On en reste bouche-bé devant autant de rigueur et de transparence de la part d’élu·e·s de la République… 

🚔 Soutien à la vie associative ou financement déguisé de la police ?

Cette commission a également été l’occasion de financer la police par des biais détournés : on a vu passer un financement de matériel pour le RAID (unité de la police nationale la plus proche de l’armée) au nom du “soutien à la vie associative” via les médecins qui leur viennent en appui sur leurs interventions .

🎓  La Région récompense les meilleurs élèves, mais oublie les plus fragiles

Cette année encore la Région prévoit de distribuer 4,25 millions d’euros aux lycéennes et lycéens qui auront réussi leur diplôme (CAP ou bac) avec 16 de moyenne, sans autre critère d’attribution. Quand il s’agit de financer des actions pédagogiques qui profitent à tous les élèves d’une classe, elle est beaucoup moins généreuse, un peu moins de 400 000 € en 2025 pour près de 322 000 lycéen·ne·s en Auvergne-Rhône-Alpes, et les critères sont beaucoup plus nombreux ! Quand il s’agit de soutenir les dispositifs au service des jeunes décrocheurs, l’investissement est beaucoup moins élevé ! 

La méritocratie continue de laisser penser que chaque individu est personnellement responsable de sa situation sans remettre en cause les conditions socio-économiques et culturelles dans lesquelles il évolue.

🏅  Sécurité : 48 000 € pour des médailles ! 

48 000 € pour 100 médailles destinées à récompenser des agents de sécurité “méritants”. Entre le coût de la médaille, le traiteur et les diplômes, chaque médaille revient donc à 480 €. Encore une opération de communication au frais du contribuable, au mépris non seulement des professionnels de la sécurité qui ont besoin de conditions de travail décentes et non de médaille en chocolat, mais aussi des habitant·e·s pour lesquel·le·s la Région pourrait agir dans le cadre de ses compétences pour plus de sécurité : lycées, prévention, etc.

🍽  Loi EGalim, FEADER, manifestations agricoles : la Région persiste dans ses contradictions

Nous attendions en commission une audition de la direction des lycées pour parler de l’application de la Loi Egalim dans les cantines, mais elle est reportée une fois de plus. Cinq ans que nous la demandons. Ce n’est pas un défaut des services que nous pointons mais bien un refus de l’exécutif d’être mis face à ses contradictions. La  Région affiche un soutien à l’agriculture locale, mais dans les faits, elle ne soutient pas une alimentation locale ni de qualité dans les cantines.

Un mal pour un bien. Nous avons finalement eu la présentation d’une évaluation externe de la programmation FEADER 2014-2022. Évaluation fort intéressante, qui pointe la nécessité de travailler sur la robustesse de fermes (moindre dépendance aux intrants, remise en question de politiques “tout investissement”, transition agronomique, questionnement sur les systèmes d’irrigation, etc.). Et pourtant, quand nous exprimons notre surprise de voir la Région poursuivre sur les mêmes politiques, que ce soit avec le FEADER ou ses politiques propres de soutien aux filières, on nous rétorque que nous avons une lecture perverse de la situation, un esprit décroissant et on nous assène que l’on raconte n’importe quoi. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Du côté des rapports présentés aux votes, nous retenons le soutien à un salon de l’agriculture pour arroser abondamment, la destruction des terres agricoles ! 92 000 €, c’est le coût global affiché pour l’organisation du salon de l’agriculture en Ardèche en 2026, financé par la Région à hauteur de 15 000 € pour un montant éligible de 36 000 €. Un salon qui s’est déroulé sur une journée et qui a dû être bien arrosée pour un tel montant. Surtout quand l’on constate le peu de visiteurs qui s’y sont rendus, l’absence de producteurs du territoire sur site ; sans compter l’hypocrisie de l’avoir organisé à deux pas de terres agricoles en passe d’être détruites par le projet routier de déviation de Saint-Péray, projet financé par la Région ! En parallèle, une manifestation sur deux jours et 5 départements qui n’est pas mise en œuvre par les copains de la FNSEA ou des JA reçoit 5 000 € malgré un coût éligible de 85 000 €. Les fêtes de l’agriculture sont décidément bien arrosées pour les amis politiques de Duplomb.

🚜  Subventions régionales : toujours aucune conditionnalité des aides…
Depuis 2016, les budgets de formation professionnelle ont pratiquement été divisés par 2.  Mais en commission économie, des budgets sont dédiés à la formation au titre de l’aide à la réindustrialisation. Cependant seules quelques entreprises élues ont droit à des budgets mirifiques, sans commune mesure avec l’intérêt général qui devrait conduire les politiques publiques :
Alors que Thalès est à l’origine d’un plan social pour supprimer près de 1000 emplois en France, sa filiale valentinoise a touché 97 674 € au titre de la formation professionnelle. En parallèle, des secteurs d’activités entiers voient leurs activités freinées, faute de budgets de formation professionnelle suffisante (santé, aides à la personne, tourisme, artisanat, etc.). 

Mais ce n’est pas tout; des PME bénéficient de subventions de formation totalement délirantes, qui posent la question de l’équité de traitement entre toutes les entreprises.
Jugez plutôt : 

  • TEBO LVD une entreprise de 20 personnes dans le domaine du bois située en Haute-Loire. Imaginez plutôt : 619 331 € de subvention ! C’est comme si la totalité des effectifs de l’entreprise était en formation pendant près de 15 mois payés en totalité par la Région (619 331 €/20 salariés / 2 134 € – salaire chargé d’une personne payée 1 500 € par mois). 
  • Idem pour Bio Power Group, une entreprise de 14 personnes , acteur de la transition écologique situé dans le Puy-de-Dôme qui va bénéficier de 191 726 € de subvention : près de 6,5 mois et demi de masse salariale payée par la Région.

    Les activités financées sont tout à fait vertueuses. Mais pourquoi ces entreprises et pas tous les acteurs de la transition écologique et du bois ? Pourquoi ces activités et pas d’autres qui répondent à des activités indispensables à des besoins essentiels de nos habitant·es (services publics, secteur de l’économie sociale et solidaire, logement, mobilités, santé, etc.) ? Les choix de subventions de la Région ne répondent qu’à des logiques industrielles, sans équité entre les entreprises, sans tenir compte des besoins réels en matière d’emploi dans la Région. Il s’agit d’une logique de guichet qui permet de récompenser quelques entreprises triées sur le volet, à la discrétion du président de Région et de son conseiller spécial.

🎭  Encore une belle coupe budgétaire pour le spectacle vivant

“C’est déjà beaucoup d’argent !” s’exclame Madame Ramet élue LR présidente de la Commission Culture quand nous lui démontrons que le budget dédié aux lieux de diffusion et aux équipes artistiques du spectacle vivant baisse de + de 500 000€ cette année. Pour ce secteur, c’est toujours moins chaque année, depuis la présidence de Monsieur Wauquiez à la tête de la Région. Des millions d’€ en moins depuis 2016, une politique qui montre l’acharnement des LR contre la création artistique et la libre pensée. Une méconnaissance profonde du fonctionnement de ces organisations culturelles qui reçoivent très tard la notification de leurs subventions (pas avant juillet) quand elles ne baissent pas ou ne sont pas supprimées dans l’avertissement !

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