« Je m’appelle Alex, j’ai 10 ans, ma mère est avec ma petite sœur, là-bas, sur le trottoir. On est dans la rue, et le soir on dort sous une tente.” Cet enfant, je l’ai rencontré il y a trois semaines. Il fait partie de ces 2000 enfants à la rue, de ces 4,1 millions de mal logés, dont 330 000 sans domicile et 100 000 en logement de fortune ;.. comme le mot est mal choisi…
J’ai , nous avons mal au ventre…
Mal au ventre, comme les salariés du 115 débordé, dans l’incapacité de remplir leur mission…
Mal au ventre, comme les élu.e.s de ces communes qui font le maximum avec les moyens du bord pour mettre à l’abri toutes celles et ceux qui en ont besoin… en vain
Mal au ventre, comme ces bénévoles d’asso de solidarité qui croulent sous les appels au secours.
Rage au ventre de voir notre Etat faillir à ses obligations légales de mise à l’abri inconditionnelle.
Qu’est-ce que ça vaut une République, une démocratie, un Etat capable d’abandonner à la rue ses enfants ?
Alors que suintent des velléités de remettre en question cette notion d’inconditionnalité de la mise à l’abri (c’était le cas du texte asile mimmigration heureusement rejeté), ce vœu est là aussi pour rappeler les valeurs fondamentales de notre République où la liberté n’est rien sans l’égalité et la fraternité.
M. le président, alors que votre majorité a refusé nos amendements qui auraient permis à notre collectivité d’épauler nos communes et associations qui pallient le naufrage de l’Etat, je n’imagine pas que ce vœu soit aussi rejeté. Car M. Wauquiez, je ne doute pas que votre majorité et vous-même, soyez capables, comme nous, d’avoir mal au ventre.
Enfin je citerais l’Abbé Pierre :” Mes amis, réveillons-nous ! Assez d’indifférence ! C’est la guerre ! Une guerre contre la misère qui attaque l’univers des hommes.” Nous devons toutes et tous faire la guerre à l’indifférence
Le voeu
Pour qu’il n’y ait plus un seul enfant à la rue !
Jamais autant d’enfants n’ont dormi dehors. Le nombre de femmes, hommes et enfants sans abri contraints de vivre dans la rue croît fortement dans notre pays. Selon la Fondation Abbé Pierre, le nombre de personnes sans domicile a doublé en 10 ans pour atteindre en 2022 le nombre de 330 000. Le 17 octobre dernier, le collectif des associations unies, Jamais sans toit, Unicef France et la FCPE révélaient qu’au moins 2 000 enfants étaient livrés à la rue.
Les actions ponctuelles mises en place par les collectivités et leur engagement, au-delà de leurs compétences – comme en région Île-de-France où la présidente de région a ouvert les locaux d’un lycée – ne peuvent se substituer aux obligations légales de l’État.
Nous, élus locaux, sommes confrontés bien trop souvent à des situations d’urgence dramatiques et sommes démunis face à ces enfants, leur famille et toutes celles et ceux qui vivent dans la rue. Nous, élus locaux, sommes les derniers remparts, aux côtés des associations face à la misère croissante.
La France a fait l’objet de plusieurs condamnations récentes. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a ainsi une nouvelle fois condamné la France, le 24 novembre 2023, en raison du refus de l’État d’exécuter des injonctions du juge des référés concernant l’hébergement d’urgence. Dans notre région, le Conseil d’Etat, par un arrêt en date du 22 décembre 2022, a rappelé à l’Etat ses obligations en matière d’hébergement d’urgence et l’a condamné à verser au département du Puy-de-Dôme la somme de 1 272 464 € pour carence avérée et prolongée en matière d’hébergement d’urgence.
La loi est pourtant claire “Toute personne en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence” (Art. L345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles).
Comment peut-on imaginer qu’un seul de ces enfants sans toit ne se trouve pas actuellement dans une telle situation de détresse ?
Pour ces raisons, le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes demande à l’État :
- de répondre de manière effective à ses obligations légales qui prévoient la mise à l’abri inconditionnelle des personnes sans abri, en particulier les plus fragiles : les enfants.
- de doter les collectivités locales des moyens nécessaires et suffisants pour assumer l’ensemble de leurs compétences en matière de protection de l’enfance.