Le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes était réuni en assemblée plénière pour un jour seulement, le 2 avril 2026 afin d’étudier une série de rapports régionaux : préférence régionale, protection des agriculteurs face au Mercosur, transports de demain, vocations agricoles chez les jeunes filles et le traditionnel rapport d’administration générale. Comme souvent, derrière les grandes annonces, peu de budgets concrets et des mesures limitées, donnant l’impression que l’assemblée plénière sert davantage à l’affichage politique de l’exécutif qu’à apporter des solutions concrètes aux habitant·es de la région.
L’assemblée plénière, c’est quoi ?
C’est le temps fort de la vie démocratique du conseil régional : les 204 membres du conseil régional, qui représentent les citoyennes et citoyens d’Auvergne-Rhône-Alpes, se réunissent environ tous les deux mois dans l’hémicycle à Lyon pour la session plénière.
Comme à l’Assemblée nationale, les 204 membres du conseil régional ont le pouvoir de délibérer, c’est-à-dire de voter les délibérations (les décisions) que la Région mettra en œuvre. Celles-ci sont proposées par l’exécutif : ici Fabrice Pannekoucke et ses vice-président·es.

L’assemblée du conseil régional est composée de 204 membres : 135 de la majorité (118 LR et 17 UDI), 64 des oppositions (28 écologistes, 11 PS, 6 CIC (Communistes, Insoumis et Citoyens)i, 5 PRG ; 15 RN) et 4 non-inscrits. L’ensemble des votes se font à la majorité simple, Fabrice Pannekoucke a donc les coudées franches pour appliquer son programme.
Pendant un jour, les groupes politiques de la majorité et de l’opposition défendent, amendent et critiquent les délibérations, expliquent pourquoi elles doivent être soutenues ou rejetées. Chaque délibération est ensuite votée, et les services du conseil régional peuvent ensuite les appliquer.
La session plénière est retransmise en vidéo sur le site de la région.
Préférence régionale et économie : trop de slogans, pas assez d’effets
L’idée de défendre une préférence régionale face aux désordres du commerce mondial est certes partagée par les différentes formations politiques autour de la table. Pourtant, derrière les grands principes, la majorité a du mal à proposer autre chose qu’un discours généraliste, sans mesure concrète, sans feuille de route claire et sans financements dédiés.
Les écologistes ont rappelé que la vraie préférence régionale, celle qui répond aux besoins concrets de notre territoire et de nos habitant·e·s. Préférer, ce n’est pas seulement déclarer, mais agir : maintenir des emplois industriels sur le territoire, structurer des filières locales, soutenir l’innovation qui ne se délocalise pas,. Ils ont exprimé leur soutien aux salarié·es confronté·es à des plans sociaux et délocalisations réelles, comme ceux de Tokay Cobex en Savoie, Erasteel à Commentry ou encore Bosch à Moulins.
Pour l’heure, la politique économique régionale demeure une succession d’aides sans contreparties fortes et d’exonérations généreuses. Les écologistes ont proposé de réserver une part des marchés aux entreprises adaptées, aux établissements de service d’aide par le travail et de passer des clauses d’insertion pour réserver une partie des marchés aux personnes éloignées de l’emploi. et de mobiliser plus clairement les fonds régionaux pour consolider des chaînes de valeur indispensables notamment dans les métaux et l’économie circulaire pour renforcer la souveraineté industrielle régionale.
Nous avons ainsi proposé plusieurs amendements, défendant notamment :
- une évaluation efficace des politiques publiques ;
- un développement massif des énergies renouvelables ;
- le maintien des activités d’Erasteel et la structuration d’une filière de recyclage des métaux ;
- le développement d’une économie de la santé régionale ;
- la création d’une filière dépollution en Auvergne‑Rhône‑Alpes ;
- le renforcement de la souveraineté numérique ;
- l’aide à la mobilité des professionnels de santé en zones rurales via le Leasing Service/Santé Rural.
Tous ces amendements, pourtant essentiels pour donner du sens à la notion de préférence régionale, ont été rejetés par la majorité et nous avons choisi de voter l’abstention sur ce rapport. Retrouvez l’intervention de Fabienne Grébert : https://ecologieaura.fr/ap202604-preferenceregionale/
Mercosur et agriculture : un plan insuffisant
A travers ce rapport, la majorité régionale aspire à protéger les agriculteurs·trices d’Auvergne‑Rhône‑Alpes des effets négatifs du libre‑échange induits par le Mercosur et améliorer l’alimentation dans les lycées. Sur ces intentions de principe, il est difficile de ne pas être d’accord.
Pourtant, nous avons constaté de nombreuses incohérences. La Région affirme vouloir protéger les agriculteurs·trices, alors que ses choix de subventions privilégient encore trop les modèles intensifs et dépendants d’importations d’engrais ou d’aliments pour le bétail. Quant à l’engagement de ne pas proposer de produits issus du Mercosur dans les cantines, bien que bienvenu, il arrive dix ans trop tard. La loi Egalim existe depuis 2018 ! La Région tarde à mettre en place un suivi clair de l’application de cette loi, malgré nos demandes répétées en commission agriculture et éducation.
Nous avons présenté plusieurs amendements visant notamment à : limiter les importations de soja, développer un plan « Ma viande issue de protéines locales », orienter les fermes des lycées agricoles vers la restauration collective, garantir le respect de la loi Egalim et des productions biologiques, interdire les OGM et mettre en place une centrale d’achats régionale.
Tous ces amendements ont été rejetés et en l’absence de mesures concrètes, nous nous sommes abstenu·es sur ce rapport.Retrouvez l’intervention de Bénédicte Pasiecznik : https://ecologieaura.fr/ap202604-mercosur/
Des SERM pour améliorer la mobilité du quotidien : nous ne demandons que de passer de la promesse à la réalité
L’exécutif nous dit que le SERM doit améliorer les mobilités du quotidien, désenclaver les territoires, répondre aux enjeux climatiques et proposer une offre multimodale complète.
Alors pour passer de la promesse à la réalité il va falloir répondre à ce constat : la demande de transport explose, mais que l’offre ne suit pas.
L’exécutif insiste sur la nécessité d’un système multimodal, coordonné, lisible. Mais nous en sommes loin : le pilotage est partiel, l’offre n’est pas suffisamment consolidée.
Les usager·es n’attendent pas juste un « schéma de papier d’ensemble ». Ils attendent des trains à l’heure, des correspondances fiables, des temps de trajet réduits, en bref, des solutions pour aller travailler, étudier sereinement. Et si ces conditions ne sont pas réunies, même les plus beaux documents resteront sans effet. Nous devons travailler ensemble pour saisir l’opportunité historique que sont la constitution des SERM pour faire basculer nos mobilités vers un modèle plus juste, plus sobre et plus résilient qui pourra répondre aux trois urgences majeures : écologique, sociale et sanitaire.
Alors oui, les SERM peuvent être une chance, mais à condition qu’ils ne restent pas des promesses de long terme.
Retrouvez l’intervention de Olivier Royer : https://ecologieaura.fr/ap202604-transportsdedemain/
Est-ce possible d’encourager les vocations agricoles chez les jeunes filles sans aucune nouvelle ambition ?
Encourager les jeunes filles à se former et à travailler dans l’agriculture ? Pourquoi pas !
Mais nous n’y parviendrons pas si on ne met pas un terme au plus vaste plan social, plan social à bas bruit puisqu’une ferme qui meurt ici, une autre là-bas, une autre encore un peu plus loin, ne se voit pas. Nous n’y parviendrons pas non plus si on passe sous silence les conditions de travail des paysannes et paysans. Nous n’y parviendrons pas si nous n’amorcons pas une véritable révolution culturelle. Nous n’y parviendrons pas si on n’attaque pas à la racine, les causes de ce déterminisme social et les représentations culturelles de la place des femmes et des hommes dans la société.
Nous avons besoin d’un plan pour la lutte en faveur de l’égalité femmes-hommes,qui élargirait le regard porté sur tous les métiers, qui inciterait chacune et chacun à occuper la place à laquelle elle ou il aspire. L’école est un puissant levier pour amorcer ce travail. Encore faut-il qu’elle en ait les moyens. Financer massivement des projets innovants, et soutenir significativement l’accès à la culture sont des axes absents de cette délibération.
Aucune ambition n’est précisée. C’est pourquoi nous avons proposé des amendements permettant de décliner des actions concrètes :
- la diversité des acteurs dans les actions de sensibilisations dans l’orientation des jeunes
- le déploiement et soutien de groupe de femmes en agriculture
- le soutien aux formations agricoles destinées aux femmes
- la création d’un bonus dans la DJA pour l’installation des femmes en agriculture
- un plan régional de prévention des violence ssexistes et sexuelles dans les lycées agricoles
- une rénovation urgente des plateaux techniques des lycées agricoles
- de prioriser l’agroécologie dans les interventions de sensibilisations aux métiers agricoles pour les collégiennes et lycéennes
Retrouvez l’intervention de Catherine Bony : https://ecologieaura.fr/ap202604-agriculturejeunesfemmes/
Musée d’Orsay en région : Coup de com’ ou démocratisation de la culture
La politique culturelle semble être avant tout un terrain de jeu de « coups de communication » pour l’exécutif régional depuis 2021 : Festival « Inversion » à 500 000 € à Gerland, spectacle Raconte-moi la France au Zénith de Clermont-FD à 500 000 € (séances annulées à l’Arena ADLC) et maintenant un camion musée pour 600 000 € avec une Fondation privée Art Explora. Les deux précédentes tentatives ont capoté et coûté cher à la Région. Ce serait bien dommage qu’il en soit de même pour le musée d’Orsay.
Le montage de cette opération dite de prestige est tout sauf clair. Les montants globaux d’investissement et de fonctionnement ne sont pas connus. Les intercommunalités et communes seraient appelées elles aussi à contribuer. Pourquoi passer par une fondation privée dont l’implication financière est peu lisible plutôt que par une convention de coopération avec le Musée d’Orsay ?
Un camion n’est pas un musée. Dans notre région, on dispose de nombreux musées, y compris dans des petites villes, capables d’accueillir les expositions et d’offrir de véritables expériences au public.
Enfin, aucune expérience parisienne descendante vers « la province » n’a fonctionné par le passé (Muséobus des années 70, Centre Pompidou mobile). Cette façon de faire est loin de la coopération régionale entre institutions culturelles de la région.
Face à ces incertitudes et à un projet qui ressemble davantage à une opération de com’ qu’à une politique culturelle structurante, nous nous sommes abstenu·e·s sur ce rapport.
Retrouvez l’intervention de Pascale Bonniel Chalier : https://ecologieaura.fr/ap202604-orsay/
Administration générale : un diagnostic sévère de la CRC sur la mobilité en Auvergne-Rhône-Alpes
La Chambre régionale des comptes a publié un rapport sur l’application de la loi d’orientation des mobilités de 2019 et le constat est simple : la politique de mobilité de la Région manque aujourd’hui d’une colonne vertébrale.
La création tardive de 25 bassins de mobilité n’a pas permis une coordination effective des politiques locales, et malgré un investissement de 1,7 milliard d’euros entre 2019 et 2024, les petites lignes ferroviaires restent largement sous-financées par rapport à la route. Pendant ce temps, la fréquentation des TER explose. Résultat : un système sous tension, avec un manque de matériel roulant, des capacités de maintenance insuffisantes et des commandes qui tardent.
La stratégie hydrogène apparaît coûteuse et mal adaptée, la décarbonation de la route reste trop théorique et l’absence de transformation réelle des services est regrettable.
Même si la Région affiche des ambitions, celles-ci ne se traduisent pas en objectifs opérationnels clairs, en moyens industriels concrets ni en coordination durable.
Retrouvez l’intervention de Cécile Michel : https://ecologieaura.fr/ap202604-administrationgeneral/
Voeu : Demande d’une commission d’enquête sur l’implantation et les activités des réseaux d’extrême droite
Le 12 février dernier, une rixe éclatait entre des militants néofascistes et antifascistes. Deux jours plus tard, Quentin Deranque, âgé de 23 ans, décédait des suites de ses blessures. Cet événement tragique a mis en lumière la réalité des affrontements violents avec des organisations d’extrême droite.
Si l’enquête judiciaire sur les responsabilités pénales individuelles relève de la justice, il appartient aux collectivités d’exercer leur mission de contrôle et d’information face à l’implantation croissante de réseaux d’extrême droite ultra-violents sur notre territoire. L’hommage rendu à Quentin Deranque, militant néonazi, par la minute de silence à l’Assemblée nationale ou l’affichage de son portrait sur l’hôtel de Région, alors que l’enquête débutait à peine, a pu choquer beaucoup de nos concitoyens. Suite à la présentation de ce voeu, le président de Région a affirmé assumer pleinement cet affichage.
Selon les données publiées par les chercheurs spécialisés, l’extrême droite est responsable de la majorité des violences politiques en France. Cette réalité statistique doit donc guider une action publique.
A travers ce voeu, nous demandons à l’Etat de :
– Constituer une commission d’enquête parlementaire sur l’implantation, le financement, les modes d’action des organisations néofascistes et leurs liens avec les partis d’extrême droite nationaux et européens ;
– Veiller à l’exécution des décisions de dissolution prononcées contre ces groupements néofascistes, et poursuivre pénalement leur reconstitution ;
– Présenter chaque année un bilan public de la menace que représentent les groupuscules politiques ultra-violents d’extrême droite, dans le cadre du rapport annuel sur l’état de la menace terroriste prévu par la loi.
Retrouvez l’intervention de Benjamin Joyeux : https://ecologieaura.fr/ap202604-voeule/
Question orale : Soutien à l’enseignement supérieur et à la recherche
Face à la souffrance des universités et à la dégradation des conditions de vie et d’apprentissage des étudiant.es, nous avons demandé à la Région quelles démarches concrètes elle avait engagées ou comptait-elle engager auprès de l’Etat pour défendre les moyens alloués à l’enseignement supérieur et à la Recherche. L’action régionale ne peut être pleinement efficace sans un dialogue et une pression politique vis-à-vis de l’Etat qui reste le principal financeur de l’enseignement supérieur.Retrouvez l’intervention de Jean-Pierre Béguin : https://ecologieaura.fr/ap202604-qele/


