Monsieur le président, cher.es collègues,
Je vais commencer, une fois n’est pas coutume, par vous dire : chiche !
Vous nous dites que le Service Express Régional Métropolitain (SERM) va « fonder les 20 ans à venir pour près de 6 millions d’habitants ».
Vous nous dites aussi que ces SERM doivent améliorer les mobilités du quotidien, désenclaver les territoires, répondre aux enjeux climatiques et proposer une offre multimodale complète.
Un SERM, enfin 4 et bientôt 6 ce n’est pas qu’une promesse. C’est un système.
- Un système qui doit fonctionner tous les jours, pour aller travailler, pour se former, pour se soigner… sur une grande amplitude horaire.
- Un système qui doit être fiable, lisible, accessible.
- Un système qui doit permettre, concrètement, de ne plus dépendre que de la voiture même si elle restera nécessaire pour certains afin de rejoindre le réseau ainsi développé.
- Un système dont la Région est pour une grande part responsable du fait de ses prérogatives.
Alors pour passer de la promesse à la réalité il va falloir répondre aux interrogations soulevées par la Chambre régionale des comptes qui confirme ce qu’on constate depuis un certain nombre d’années. Que la demande de transport explose, mais que l’offre ne suit pas. Autrement dit, vous promettez un choc d’offre à l’horizon 2035 soit à mi-parcours de la mise en œuvre complète des SERM, alors que le système actuel est déjà sous tension (+38 % de fréquentation, mais seulement 6 % de plus d’offres).
Après la crise COVID, la guerre en Ukraine, avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, le report modal du transport individuel au collectif devient indispensable pour l’équilibre financier de bon nombre usagers qui ne peuvent plus faire face aux dépenses et qui, surtout, ne peuvent attendre.
De plus, votre propre document le dit : « les SERM reposent d’abord sur une armature ferroviaire renforcée ».
Mais cette armature, aujourd’hui, est fragile, car elle manque de matériel, elle manque de capacité, elle manque de robustesse comme on l’a vu en commission la semaine dernière avec les investissements nécessaires pour lutter par exemple contre les fortes chaleurs qui mettent à dure épreuve matériels, salariés et usagers.
Alors posons-nous la question de comment construire le réseau de demain sur un réseau qui peine déjà à répondre aux besoins d’aujourd’hui ?
Vous insistez sur la nécessité d’un système multimodal, coordonné, lisible. OK, mais le rapport de la Chambre régionale des comptes nous dit que nous en sommes loin : le pilotage est partiel, l’offre n’est pas suffisamment consolidée.
Vous parlez de gouvernance, de dialogue territorial, de coordination.
Mais là encore, la Chambre régionale est très claire : cette gouvernance « tarde à se mettre en place ».
Or les SERM sont des projets nécessitant de la coordination en interne, mais aussi entre les SERM qui seront créés. Nous sommes déjà intervenus dans les débats sur la mise en concurrence, sur la nécessité de garder une forte coordination, des outils communs comme un lot unique pour la billettique avant l’ouverture à la concurrence.
Les SERM sont porteurs d’espoirs pour les usagers d’Auvergne-Rhône-Alpes parce qu’on a en tête le RER qui permet à plus de 2 millions de personnes de se déplacer chaque jour.
Nos habitants n’attendent pas juste un « schéma de papier d’ensemble ». Ils attendent des trains à l’heure, des correspondances fiables, des temps de trajet réduits, en bref, des solutions pour aller travailler, étudier sereinement. Et si ces conditions ne sont pas réunies, même les plus beaux documents resteront sans effet. Travaillons tous ensemble pour saisir l’opportunité historique que sont la constitution des SERM pour faire basculer nos mobilités vers un modèle plus juste, plus sobre et plus résilient qui pourra répondre aux trois urgences majeures : écologique, sociale et sanitaire.
Mais au-delà des annonces, espérons également que tous les territoires d’Auvergne Rhône-Alpes seront accompagnés d’une manière équitable et prenons pour illustrer mon propos l’exemple de l’agglomération grenobloise.
En effet vous nous avez affirmé la semaine dernière en commission que : « les SERM doivent améliorer l’accès à l’emploi en permettant l’accès aux bassins d’emplois les plus importants ». Soit.
Sur l’Agglomération Grenobloise, le second bassin d’emplois se situe sur Échirolles et Pont-de-Claix. Sur ce bassin une halte ferroviaire, celle de Pont de Claix-Etoile a été inaugurée le 3 octobre 2025 par le seul Président de la Metro sans la présence de la Région. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas bénéficié du soutien financier de la Région alors qu’elle permet la connexion au sud de l’agglomération du réseau de transport urbain et de transport ferroviaire et même une correspondance entre la vallée du Drac et de la Romanche avec celle du Grésivaudan.
Aujourd’hui alors qu’elle bénéficie de plusieurs mentions dans le document qui nous est présenté, la Région acte son utilité et revient sur sa posture qui n’était que politicienne et c’est heureux.
Alors oui, les SERM peuvent être une chance.
Mais à la condition qu’ils ne restent pas des promesses de long terme, mais deviennent des solutions concrètes de court et moyen terme auxquelles l’ensemble des partenaires travaille dans le même sens. La Région a une responsabilité centrale pour arriver à cet objectif. Parce que les habitants, eux, ne se projettent pas en 2045. Ils veulent des solutions de déplacement, rapidement.
Au fond, il ne s’agit pas seulement de mobilité, mais de notre capacité à transformer le quotidien de 6 millions de personnes voire de la totalité des habitants de la Région.
Je vous remercie pour votre écoute.


