Monsieur le président, cher.es collègues,
Nous serons tous d’accord autour de cet hémicycle pour défendre la préférence régionale. Mais nous voudrions être sûrs de partager la même vision, des moyens adaptés à l’ambition et des priorités d’action car préférer, c’est aussi choisir ce que nous voulons produire ici.
Oui à la préférence européenne pour faire face au désordre mondial. Mais il nous semble important de maintenir sur le sol français nos industries. Sinon, cela ne changera rien pour tous ceux qui ont déjà perdu leur emploi pour plus de rentabilité dans d’autres pays d’Europe : je veux exprimer au nom du groupe des Écologistes tout mon soutien aux salariés de Tokay Cobex en Savoie qui s’apprête à délocaliser ses activités en Pologne, d’ Erasteel qui s’apprête à fermer le site de Commentry pour se concentrer sur des activités plus rentables en Scandinavie, les salariés de Bosch qui produit désormais plus en Allemagne, dans le pays de sa maison mère, et non plus à Moulins ; Vous nous avez dit à plusieurs reprises lors des commissions économie que vous ne pouviez rien aux plans sociaux, rien aux fermetures d’entreprises. Les salariés le constatent sur le terrain. Si nous louons votre ambition pour une préférence européenne, nous ne voudrions pas qu’il s’agisse d’exacerber la concurrence entre les pays européens. La préférence européenne consiste d’abord à organiser des liens de solidarité pour produire en Europe ce dont ont besoin les européens. Oui la France décroche, mais ce n’est pas à cause d’un modèle social que vous ne cessez de démonter au plan national et ici en Région. C’est bien par cet état social que la France attire : enseignement, recherche, santé, infrastructures ferroviaires, protection de notre environnement, culture ; autant de secteurs que vous avez délaissés depuis 10 ans .
Ce que nous constatons, comme tous les Français, c’est la financiarisation de l’économie qui conduit pourtant à des bénéfices records pour les entreprises du CAC 40 et à des dividendes mirifiques pour des actionnaires avides qui en réclament toujours plus. Alors ne lâchons pas notre modèle social français, car ceux qui en paient le prix fort, ce sont les travailleurs. N’aggravons pas la situation ! Or vous emboîtez le pas de l’Etat pour donner de l’argent sans compter, sans contrepartie ; après le CICE, le crédit impôt recherche, le plan automobile, le plan pour la défense, voilà la politique de guichet de Auvergne Rhône-Alpes Entreprises. Cette politique est votre échec : elle n’est pas de nature à empêcher les délocalisations. Elle n’est pas de nature à engager la préférence régionale.
Pour nous, la préférence régionale, c’est celle qui répond aux besoins de notre territoire et de nos habitants. Nous soutiendrons prioritairement les entreprises qui nous permettent de sécuriser la vie des français, de sécuriser nos emplois sur nos territoires et de nous mettre à l’abri des risques géostratégiques, des guerres, qui menacent nos vies, nos emplois et la paix dans notre pays :
– donner le droit à tous d’avoir accès à une alimentation de qualité, accessible à tous, c’est le sens des propositions qui seront défendues par mes collègues, dans le cadre de la délibération sur la défense des agriculteurs face au Mercosur. Quand les prix des produits alimentaires flambent et que la Région continue à soutenir un modèle d’agriculture productiviste, exportatrice, qui appauvrit et empoisonne nos paysans et nos habitants, les écologistes proposent de créer des filières pour produire local, transformer, distribuer et consommer sur place nos produits alimentaires.
Quand notre pays connaît des pénuries de médicaments et que nous sommes dépendants de l’Inde et de la Chine pour les molécules, nous devons montrer un interventionnisme plus marqué et soutenir les industriels qui veulent produire en France.
Quand le prix du carburant flambe à la pompe à cause du conflit au Moyen-Orient, il n’y a aucune raison que les Français en paient le prix fort au prétexte d’avoir renoncé à la production d’énergies renouvelables. Un certain nombre de nos voisins européens ont pourtant engagé cette souveraineté énergétique avec succès.
Vous pourriez tirer partie des atouts et dynamique de notre région en développant beaucoup plus fortement l’économie circulaire, en particulier sur les métaux, indispensables à notre souveraineté industrielle. Allez-y ! Qu’est-ce qui vous empêche de mobiliser l’argent public pour garder les activités de recyclage d’Erasteel sur notre territoire en soutenant le projet de reprise des salariés, en lien avec le développement d’Ugitech en Savoie et faire de notre Région une industrie de pointe en matière de recyclage ?
Sur le fond, c’est une bonne idée de s’appuyer sur la commande publique pour agir concrètement sur la préférence régionale. Nous soutiendrons vos efforts sur la reconnaissance des appellations d’origine. Mais le schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables (SPASER) que vous nous présentez aujourd’hui est obligatoire depuis la loi sur l’économie sociale et solidaire en 2014 ; vous vous en êtes affranchis depuis si longtemps !
Alors donnez-nous au moins des perspectives. D’où partons-nous ? Vous avez la possibilité de dédier des marchés réservés aux entreprises adaptées et aux établissements de service d’aide par le travail. Combien en avez-vous passés ? Combien d’équivalents temps plein de personnes en situation de handicap ont été créés ? Vous avez la possibilité de passer des clauses d’insertion pour réserver une partie des marchés publics aux personnes éloignées de l’emploi ? Là encore combien d’emplois ont-ils été créés ? J’espère que vous voudrez bien accepter notre amendement dans ce sens et répondre rapidement aux questions posées en commission économie la semaine dernière.
Nous n’avons surtout pas besoin d’arroser là où c’est déjà mouillé. Pourquoi aider les start-up qui bénéficient déjà de crédit impôt recherche déjà extrêmement coûteux pour l’Etat ? Par contre, permettons par l’achat public d’accompagner nos entreprises innovantes qui peinent à percer sur les marchés locaux. C’est le cas de Oberon Sciences par exemple en Isère, Spécialiste des particules en suspension dans l’air, l’entreprise a développé une technologie brevetée alliant prélèvement physique et intelligence artificielle embarquée pour améliorer la surveillance environnementale et la qualité de l’air. Atticora qui développe un modèle d’affaires innovant en Isère et facilite l’accès au logement avec des ressources locales, des emplois non délocalisables attend toujours votre soutien. C’est là que la commande publique a indéniablement un rôle à jouer pour accompagner les entreprises de notre territoire.
Enfin Financer des grands projets qui bénéficient déjà des milliards d’argent public comme le Lyon-Turin, c’est imaginer une hypothétique logique de ruissellement dont la science n’a jamais réussi à démontrer la pertinence.
C’est pourquoi, nous réserverons notre vote à l’examen de nos amendements.


