Intervention de Bénédicte Pasiecznik sur “Face au MERCOSUR, la Région défend ses agriculteurs”

Monsieur le président, cher.es collègues,

Je vais commencer par la dernière phrase du rapport : « Ce plan d’actions vise à retrouver quelques réflexes de bon sens : protéger nos agriculteurs sans les mettre en concurrence à armes inégales avec le monde entier ; assurer une alimentation régionale et de qualité à nos lycéens. »

Nous sommes d’accord, nous, écologistes avons toujours porté ces deux idées, mais là s’arrête notre convergence.

En effet, il semble que le bon sens dont vous vous gargarisez a eu du mal à s’imposer dans votre famille politique. Tout d’abord, vos positions sur la concurrence entre agriculteurs du monde entier sont à géométrie variable. Combien de fois vous a-t-on entendu dire que l’agriculture française devait nourrir le monde, sans vous préoccuper du fait que des agricultures vivrières sont mises à mal dans de nombreux pays par les exportations agricoles européennes et en particulier françaises. Contrairement à votre vision néocolonialiste, nous, écologistes, avons toujours rejeté le libre-échange, d’autant plus lorsqu’il concerne l’agriculture, en s’appuyant sur la définition de la souveraineté alimentaire telle qu’elle est portée par Via Campesina, c’est-à-dire le droit des populations et de leurs États à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers.

Quant à assurer une alimentation régionale et de qualité à nos lycéens, vous vous engagez  à ne pas avoir de produits du Mercosur dans les cantines des lycées ? Ah oui, c’est la moindre des choses. Mais vous avez jugé bon d’écrire à tous les agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes pour leur dire ça ? Mais de qui se moque-t-on ?

Vous semblez aller plus loin dans ce rapport… mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? Plus de 10 ans que vous êtes au pouvoir dans cette région, une première loi Egalim promulguée en 2018 et enfin vous prendriez en main le sujet. Nous vous avons demandé régulièrement en commission agriculture et en commission éducation quel suivi était fait de la mise en œuvre d’Egalim, nous n’avons jamais eu de réponse.

Pourquoi avoir attendu si longtemps alors que les écologistes l’ont fait à Lyon et Grenoble dès leur arrivée au pouvoir, en travaillant avec les territoires.

Pourquoi avoir attendu si longtemps alors que nous avons la chance d’avoir une agriculture régionale extrêmement diversifiée, avec de nombreux produits sous cahiers des charges d’agriculture biologique, AOP ou IGP ou encore Label rouge.

Oui, valorisons ces produits régionaux de qualité dans les cantines, c’est bon pour les élèves et c’est bon pour les paysans et paysannes de notre région. Et pendant qu’on y est, assurons-nous que la restauration proposée dans les 2 hôtels de Région respecte également la loi Egalim.

Et maintenant, au-delà des bonnes intentions, nous attendons des actes, nous attendons de savoir quel est l’engagement financier que vous prendrez vis-à-vis des lycées pour leur permettre de fournir des repas de qualité qui resteront accessibles à tous les élèves.

Nous attendons aussi du sérieux, vous indiquez vouloir prendre en compte la marque région dans le calcul d’Egalim mais une marque autoproclamée qui ne contient pas de cahier des charges vis-à-vis des conditions de production, c’est du marketing, pas une garantie de qualité. 

Dans ce rapport, vous nous parlez aussi de soutenir une agriculture familiale et de qualité, une agriculture qui respecte le bien-être animal et s’appuie sur l’élevage à l’herbe en Auvergne-Rhône-Alpes. Là aussi nous sommes d’accord avec vous, mais là aussi, les positions que vous défendez dans cette assemblée ou celles défendues à Paris par votre famille politique, en particulier par le sénateur Duplomb, vont à l’encontre de ce beau modèle.

En effet, quand on augmente les seuils des élevages soumis à autorisation, on va vers toujours plus d’agrandissement et souvent beaucoup moins d’animaux élevés à l’herbe.

Quand on ne s’attaque pas aux problèmes de la production de broutard, certes élevés à l’herbe mais pour partir vers de gigantesques ateliers d’engraissement en Italie en parcourant des centaines de km en camions, on peut difficilement parler de modèles vertueux que ce soit en termes de bien-être animal ou de production de valeur ajoutée.

Quand on soutient des modèles intensifs à grands renforts de subventions régionales et de DJA la plus grosse de France grâce à la modulation investissement qui ne cesse de croître au détriment des modulations valeur ajoutée, création d’emplois, démarche de progrès, ou installation hors cadre familial. Bref avec ce choix de subventions, on ne finance pas que de l’élevage à l’herbe mais aussi des modèles basés sur des stabulations où les vaches laitières restent à longueur d’année. Robot de traite, méthaniseur, distribution d’une ration à base de maïs irrigué et de soja brésilien, on est loin de l’image d’Epinal de l’élevage à l’herbe.

Et ce dernier point me ramène à la question de la souveraineté alimentaire. Il semble que nous n’en ayons pas la même compréhension. La souveraineté alimentaire, si elle est basée sur l’importation d’aliments pour le bétail, peut-on vraiment parler de souveraineté ?

De la même manière, les importations massives d’engrais par la France sont une autre grosse source de fragilité pour notre agriculture, on le voit de nouveau avec la nouvelle crise géopolitique au Moyen-Orient. Soutenir massivement la transition de l’agriculture régionale vers une agriculture plus autonome, et en particulier l’agriculture biologique est de plus en plus une priorité au regard de l’instabilité géopolitique récurrente.

En conclusion, si nous ne pouvons que partager votre opposition au Mercosur et vos intentions pour l’amélioration des repas dans les cantines des lycées, nous ne sommes pas dupes face aux incohérences de votre projet agricole et restons sur notre faim au vu du manque d’ambition de ce rapport et de l’absence de mesures  concrètes.

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